Hervé Patrick Opiangah : « Mon engagement pour le Gabon est sans faille »

LE COFFRET

Dans une interview accordée au quotidien L’union le 05 octobre dernier, Hervé Patrick Opiangah (HPO) se livre à cœur ouvert, réclame plus de soutien de l’Etat pour les entrepreneurs gabonais et n’hésite pas à  tirer à  boulet rouge sur ses détracteurs. L’entrepreneur, parlementaire et leader du parti politique Udis déclare n’avoir pas pu décrocher un seul marché avec l’Etat gabonais pour ses entreprises en 12 ans. Preuve, s’il en fallait que les Gabonais ne s’aiment pas vraiment. Il appelle les Gabonais à se rapprocher sincèrement « en vue de l’intérêt général de tous » et de s’engager, sans exception « dans la voie du dialogue constructif, inclusif et sans calcul ». Lecture.

L’UNION : Vous êtes un capitaine d’industrie engagé dans l’agroalimentaire, le BTP, les transports, les mines, les hydrocarbures et la production d’alvéoles d’œufs. Quelle est la conjoncture de toutes vos entreprises ?

Hervé Patrick Opiangah : Depuis la création, voici douze ans, de la SGTP-BTP, une PME à capitaux gabonais à 100 %, et malgré de belles références comme la voirie principale de Moanda – dont la qualité est unanimement saluée par les experts et les usagers – nous n’avons jamais obtenu un seul chantier de l’État gabonais ! Pour autant, nous avons quelques belles réalisations qui racontent l’histoire du Gabon qui entreprend, bon gré, mal gré.

Le 10 juin 2021, le gouvernement gabonais a adopté, en Conseil des ministres, un projet de loi contraignant les entreprises du secteur alimentaire du pays à s’approvisionner en produits agricoles locaux à hauteur de 50 %, afin de limiter la facture des importations. Cela représente une aubaine pour la Société gabonaise de développement agricole – Sogada. Au moment où je vous parle, nous sommes toujours en attente d’un titre foncier de 7 000 ha dans la commune de Mounana, dans le sud-ouest du Gabon, pour sécuriser la production de maïs et de soja, à un moment où la guerre en Ukraine fait flamber les cours mondiaux, avec des conséquences terribles pour nos éleveurs. Avec cet investissement, ce seront entre 800 et 1 000 emplois directs qui seront créés.

Outre le passage de l’élevage de poulets de chair aux poules pondeuses, la Sogada est à l’origine du premier laboratoire vétérinaire privé au Gabon et dans toute la sous-région Afrique centrale. Construit aux normes IDL avec l’appui de partenaires américains et sud-africains, il accueillera les animaux domestiques de toutes races. Pour mesurer l’importance et la sensibilité d’un tel investissement pour notre pays, il faut se souvenir que lors du dernier épisode de grippe aviaire au Gabon, les prélèvements avaient été envoyés en Afrique du Sud, au Cameroun et en France. Le temps que les résultats nous parviennent, plusieurs éleveurs avaient déjà mis la clé sous le paillasson.

En ce qui concerne les hydrocarbures, le rôle stratégique que joue l’entreprise Tryam dans le transport est rendu critique par les troubles à l’ordre public qui surviennent lorsque le carburant vient à manquer dans certaines localités du territoire national. Une récente actualité l’a montré à suffisance.

Enfin, la SGTP-Mines est aujourd’hui regardée par les parties prenantes comme une solution 100 % gabonaise à la crise du caillou qui frappe de plein fouet le sud-est de notre pays. Aujourd’hui, même les particuliers de cette partie du pays en sont à importer du gravier du Congo voisin pour construire leurs logements. Pour faire face à cette autre situation critique, nous avons dû investir dans une unité de concassage mobile d’une capacité de 250 tonnes par heure, avec à la clé le doublement du nombre d’emplois direct par entité.

À vous entendre, tout semble se porter au mieux. Sauf qu’il nous revient que des problèmes se posent. Est-ce le cas ? Si oui, que comptez-vous faire ?

Je vais être très clair avec vous : le problème aujourd’hui n’est pas tant la conjoncture internationale – bien qu’elle soit préoccupante – ni même la situation économique de notre pays, car l’éclairci apparaît progressivement avec la prise en compte de sujets critiques tels que la dette intérieure. Le vrai problème réside dans la nécessité de faire participer les entrepreneurs locaux, quelles que soient leurs opinions, à l’effort économique auquel notre pays et nos populations sont confrontés. Forts de nos capacités, nous exigeons seulement d’être placés dans les mêmes conditions de température et de pression que les autres acteurs, nationaux ou étrangers.

Pourquoi les leaders devraient-ils s’exprimer aujourd’hui ? 

Il est des moments critique dans la vie d’une nation ou d’un homme où il est capital de s’arrêter, le temps d’une introspection, pour analyser l’existant, faire le bilan d’une trajectoire et évaluer les actes posés en vue de pouvoir se projeter dans le futur, pour le bien-être d’un peuple, d’une société ou d’un individu. Cette capacité à se remettre en cause, le plus froidement possible, est la signature des grands serviteurs à des moments clés de l’histoire. Pour ma part, je me trouve dans cette situation depuis quelque temps. Car les interrogations m’assaillent, je me sens épié, surveillé, traqué.

Pour quelle raison selon-vous ? 

Je me pose exactement la même question. Je connais ma provenance et ma condition. Je suis d’origine très modeste et Dieu en est témoin. Pourquoi suis-je l’objet de tant de haine, d’attaques et de persécutions ? Les dures réalités de la vie et les conditions modestes dans lesquelles je me trouvais m’ont amené à me battre et certaines circonstances m’ont offert, tant bien que mal, de me réaliser grâce au travail sans relâche. Cette abnégation m’a permis de me réaliser et de développer, à mon modeste niveau, des entreprises qui donnent aujourd’hui du travail à nos compatriotes jeunes et moins jeunes ; leur permettant à leur tour de prendre soin d’eux-mêmes et de leurs familles, soit environ dix mille personnes de manière directe et indirecte. Mais qu’ils sachent une chose, ces nageurs au dos nu : je les vois et les connais.

A vous entendre, vous auriez atteint votre seuil de tolérance ?

Mon engagement pour le Gabon est sans faille, certes, mais je reste en fin de compte un être humain avec un seuil de tolérance face aux attaques. Devrais-je me sacrifier par amour pour mon pays ? Ma réponse est sans équivoque « oui ». Devrais-je le faire en mettant en péril le futur de mes enfants et celui de mes concitoyens ? Je pense que « non », car ils ne méritent pas un tel sort. Voici pour moi le pas à ne pas franchir. Or si l’on m’oblige, je serai amené à faire un choix difficile qui va me déchirer le cœur. Je me retrouverai à devoir fermer toutes mes entreprises. J’en souffrirai, certes, mais cela m’aura été imposé.

Dites-vous que notre environnement ne favorise pas suffisamment l’entrepreneuriat des Gabonais ?

Les bras m’en tombent. Pourquoi le succès, fût-il le plus modeste d’un Gabonais, devient-il la cause de jalousie et de plans funestes en vue de l’abattre ? Pourquoi tant d’hypocrisie et d’animosité ? Cela prouve que nous faisons semblant de nous aimer.

Beaucoup ignorent sans doute que tout ce que nous faisons sur cette terre a une limite spatio-temporelle. Pensons aux trois recommandations que fît Alexandre Le Grand, guerrier et conquérant bien connu de l’Antiquité, au soir de sa vie, à ses plus fidèles compagnons et généraux, au titre de dernières volontés. 

Primo : que son cercueil soit transporté à bras d’homme par les meilleurs médecins de l’époque. Deusio : que les trésors qu’il avait acquis soient dispersés tout le long du chemin jusqu’à sa tombe. Tertio : que ses mains restent à l’air libre, se balançant en dehors du cercueil à la vue de tous. C’est dire que nous nous battons pour avoir les meilleurs soins et traitements de ce monde mais que face à la mort, même la science a ses limites. C’est dire que nous amassons durant notre vie terrestre des biens matériels que nous n’emporterons pas dans notre tombe le moment venu. 

Au regard de ce qui précède, quel enseignement tirer ?

Il est vital et urgent que nous nous rapprochions sincèrement en vue de l’intérêt général de tous nos compatriotes et que nous nous engagions tous, sans exception, dans la voie du dialogue constructif, inclusif et sans calcul. Toutes les forces vives de notre pays doivent pouvoir se retrouver, avoir le courage et le temps de se parler et de clarifier leurs différends, quels qu’ils soient. Parce que les silences pèsent comme des pierres. Et avec des pierres, on construit des murs. Or les murs séparent… Il nous faut construire un avenir radieux pour notre pays et nos populations.

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