Jo Dioumy Moubassango : « mon intime conviction, nous vivons déjà une transition politique »

LE COFFRET

La question de la transition politique au Gabon continue de susciter le débat. A quelques mois de l’élection présidentielle de 2023 et alors que le sujet est largement débattu dans l’opposition, l’ancien conseiller du président de la république Jo Dioumy Moubassango, a tenu à apporter une contribution dans une tribune cette semaine. Nous publions en intégralité ladite tribune.

« S’il y a bien une évidence contre laquelle personne ne peut lutter, c’est bien celle en rapport avec la transition. De toute l’histoire du monde, les transitions se sont toujours organisées bon gré mal gré. C’est bien pour cela que les chefs les plus avisés, se sachant soumis à cette évidence, organisent eux-mêmes les conditions d’une transition, en vue d’en minimiser les effets induits. 

Dans les années 90, l’un des Chefs d’état les plus respectés et adulés, s’est lui-même considéré comme un leader de transition. Nelson Mandela, malgré une côte de popularité extrêmement confortable, a, dès sa prise de fonctions le 10 mai 1994, travaillé à organiser une transition dans une Afrique du Sud libérée mais divisée. 

La raison pour laquelle les grands hommes se sentent obligés d’envisager une transition est liée au fait qu’un homme politique doit soigner sa sortie pour marquer l’histoire. Les exemples sont légion, de dirigeants qui, pris par l’ivresse du pouvoir, ont raté le coche, plongeant leurs pays, leurs familles dans les eaux d’un avenir incertain.

En 1997, les images d’un Mobutu affaibli et assis sur un tabouret, impuissant, n’ont pas seulement choqué les observateurs de la politique africaine mais ont également alerté le monde sur la vanité du pouvoir politique.  

Autant je pense que j’ai pris la main dans ma propre famille, grâce à la clairvoyance de mon père, inspiré des traditions Akélé, autant j’ai l’intime conviction que sur le plan national, nous vivons déjà une transition politique. Je ne vois donc pas pourquoi certains voudraient pousser à une transition politique, alors que celle-ci est déjà en cours et ce, depuis quelques années. 

Soit nos leaders, surtout ceux qui luttent contre le pouvoir en place, ont une mauvaise lecture des actes politiques de notre pays, soit ils sont obsédés par la personne du Président de la République et considèrent que tant qu’il est en place, la transition n’est pas encore consommée. Si ce dernier argument venait à être, ne serait-ce qu’envisagé, je m’étonnerais d’une telle naïveté pour des hommes et des femmes de cette expérience.

En clair, si le PDG s’est donné les moyens de s’arrimer   à la politique des 2R (Régénération et revitalisation), c’est bien parce qu’une transition est en cours. Si l’opinion a   remarqué l’âge extrêmement précoce de certains membres du gouvernement et autres responsables de la haute administration, c’est bien parce qu’une transition est en cours. Si au parlement et dans les conseils locaux, les parlementaires et autres présidents de conseils sont de plus en plus jeunes, c’est bien parce qu’une transition est en cours.

Qui peut donc croire que dans ce contexte, la première institution du pays, serait le seul endroit qui échapperait à loi de la transition ? Louis Farrakhan, leader charismatique de la Nation de l’Islam disait : « le vrai pouvoir est parfois incarné par ceux qui entourent le pouvoir »

Cependant, les arguments de mon père sur la question de la transition ou pas, résonnent encore en moi. Il m’a toujours dit ceci : « la qualité de la transition compte », que ce soit en famille ou en politique. Or, j’observe que les derniers mouvements au sein de l’appareil politique et administratif de notre pays, ont consacré le retour de certains de nos ainés. 

Il s’agit pour « les autorités de transition » de donner des gages de « sagesse » à l’opinion nationale, après un management politique jugé très hésitant. La transition politique devrait s’appuyer sur deux (2) principes clés : le respect des générations et la recherche de l’approbation de la majorité. Si l’on doit se heurter au fait accompli, la transition actuelle doit au moins montrer la preuve de son caractère pacifique, c’est-à-dire : sa capacité à redistribuer la richesse, promouvoir la libre expression et les intelligences, enfin, récompenser le mérite ».

Jo DIOUMY MOUBASSANGO

Homme politique gabonais 

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