mardi, février 20, 2024
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    Le bulletin unique du CGE dans toutes ses contradictions et son sacrilège démocratique

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    L’impréparation est de plus en plus à son comble et manifeste du côté du Centre gabonais des élections (CGE). Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner attentivement les décisions prises ces derniers jours par le président de l’institution, Michel Stéphane Bonda, qui voudrait visiblement se donner les moyens d’offrir un troisième mandat à son président de parti, le distingué camarade Ali Bongo Ondimba, comme il se fait appeler au sein du Parti démocratique gabonais (PDG).

    Après la suspension de l’enveloppe accolée favorisant les risques d’achat de vote, la limitation et le choix des représentants des candidats dans les bureaux de vote favorisant le tripatouillage et la validation du bulletin unique,  le Centre gabonais des élections (CGE) n’a de cesse de s’enfoncer un peu plus avec ses mesures mettant au passage en péril la crédibilité du processus électoral en cours, mais plus encore la stabilité future du pays au soir de la délibération des prochaines échéances électorales fixées jusqu’à maintenant au 26 août prochain. 

    Si d’aucun s’attendaient à des explications sur les mesures récemment prises, le président du CGE a une fois de plus fait, au cours de la conférence de presse tenue le 1er août 2023, une bien étrange déclaration au sujet du bulletin unique pour la présidentielle et les législatives déjà sujet de discorde. 

    Michel Stéphane Bonda a par cette déclaration définitivement et officiellement cristallisé les contradictions de ses mesures, de facto commis le sacrilège de la démocratie dans ce petit pays d’Afrique centrale, en présentant ces modifications d’avance comme des efforts visant à améliorer la loi électorale du pays, et surtout justifie les appels à remporter les élections et celles d’une pure et simple transition au sommet de l’État.

    « […] Et comme les candidats sont présentés par les partis, ce sont les partis politiques qui investissent les candidats et qui les présentent aux différentes élections, donc nous avons jugé logique de proposer ce bulletin unique », a déclaré Michel Stéphane Bonda lors de sa conférence de presse.

    D’où le CGE tient-il sa logique ? Les candidats indépendants – ce qualificatif l’indique pourtant si bien -, seraient-ils aussi investis par les partis politiques ? C’est dire si, au moment même de cette conférence de presse, le président du CGE lui-même, ne concevait pas encore clairement les choses de sorte à les énoncer aisément. Sinon comment comprendre qu’il présente les candidats indépendants comme étant présentés par des partis politiques ?

    Le format actuel du bulletin unique et ses contradictions

    En tout cas, le moins que l’on puisse reconnaître c’est que le bulletin unique, dans sa formule actuelle, est truffé de contradictions mettant à mal le processus électoral, tant au niveau de sa transparence qu’au niveau de sa légalité ainsi qu’au niveau de la crédibilité des résultats attendus. 

    Déjà, tel que présentée par Michel Stéphane Bonda, la logique qui a prévalu à l’adoption du bulletin unique, et ce bulletin unique lui-même une fois validé devrait de facto mettre à mal la participation des indépendants lors de ces échéances électorales.

    En précisant : « […] Et comme les candidats sont présentés par les partis, ce sont les partis politiques qui investissent les candidats et qui les présentent aux différentes élections, donc nous avons jugé logique de proposer ce bulletin unique », les candidats indépendants n’étant pas présentés par les partis politiques ne devraient pas en suivant la logique de Bonda participer ni à l’élection présidentielle, ni aux législatives et encore moins aux élections locales. Vu que le mode de vote ne prend en compte que les candidats issus des partis politiques.

    Ce qui n’est pas dans les faits le cas. Axel Stophène Ibinga Ibinga, Mike Steeve Dave Jocktane, Victoire Lasseni Duboze et  Abel Mbombe Nzondou ont par exemple tous officiellement été présentés par le même CGE comme des candidats indépendants. Et donc visiblement pas pénalisés par la logistique qui a prévalu à la validation par le CGE du bulletin unique.

    « Pour inhabituelle qu’elle puisse paraître », la mesure adoptée par le Centre gabonais des élections (CGE) le 31 juillet « va s’établir comme une réelle opportunité pour les électeurs ». Elle contribuera même à une « facilitation du système électoral », soutenait Michel Stéphane Bonda, patron du CGE,  selon nos confrères de Jeune Afrique.

    Mais là encore, la contradiction est totale. Plutôt que de faciliter de manière théorique et pratique le déroulement des scrutins,  les choses sont de plus en plus complexes, tant au niveau de la compréhension que de la pratique. On parle même de l’existence de trois bulletins uniques plutôt que du « Bulletin unique  », comme voulu par l’opposition dans son mémorandum disponible sur la toile.

    Le bulletin unique du CGE, un véritable sacrilège démocratique

    De plus, le bulletin unique est également un sacrilège démocratique parce qu’il prive les citoyens de leur droit de voter à toutes les élections comme cela a souvent été le cas. En effet, si l’on doit se fier aux clarifications de l’ONE Gabon, qui nous laisse comprendre dans l’une de ses vidéos que quiconque aura choisi un indépendant à la présidentielle ne pourra voter pour les législatives, et vice-versa,  dire que le bulletin unique prive aux citoyens leur droit de voter à toutes les élections n’est pas un désamour du régime en place, mais un fait notoire.

    En tout cas,  dit simplement, si un citoyen vote à la présidentielle pour un candidat indépendant, par une loi qui n’est pas expliquée dans la vidéo, ce citoyen perd automatiquement le droit de désigner le député qu’il voudrait bien confier la responsabilité de le représenter au Parlement.

    S’il vote pour un candidat d’un parti politique à la présidentielle, il est aussi automatiquement contraint de voter pour le député de ce parti. Il n’aura finalement voter que pour une élection dans le fond,  dans la mesure où ce vote est automatiquement basculé à l’autre élection. Vice-versa. 

    Le vote du 26 août prochain sera, s’il est maintenu, le vote de la contrainte, donc un recul démocratique au Gabon et une marche certainement vers le chaos et une période d’incertitude pour le pays. Le CGE maintiendra-t-il sa position ? Wait and see.

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