Télesphore Obame Ngomo : « les enfants des autres ne sont pas des animaux »

LE COFFRET

Dans une tribune publiée sur les réseaux sociaux, Télesphore Obame Ngomo, président de l’Organisation patronale des médias, poursuit son interpellation de de la justice gabonaise contre l’épouse du Chef de l’Etat, Sylvia Bongo Ondimba, à propos des accusations qui pèsent sur elle dans le dossier Patrichi Tanasa. Pour le patron des médias privés, les révélations faites en juillet dernier par l’ancien administrateur directeur-général de la Gabon Oil Company (Goc) sur les fortes sommes qu’auraient reçues la Fondation Sylvia Bongo Ondimba devraient faire l’objet d’une enquête afin de démêler le vrai du faux dans cette affaire. Nous publions en intégralité ladite tribune.

« La défense précipitée de la Fondation Sylvia Bongo après les révélations accablantes faites par l’ancien directeur général de la Gabon Oil Company (GOC), Patrichi Tanasa, continue de plonger l’épouse d’Ali Bongo Ondimba dans une impasse des plus désagréables.

 (1) D’abord, elle reconnaît avoir touché de l’argent de la GOC, désormais considéré comme détourné, puisque Patrichi Tanasa aura bel et bien été condamné pour lesdites transactions. Donc, on navigue en plein recel, ce qui est un délit condamné par la loi. L’épouse du Président de la République ne devrait pas se retrouver dans ce type de situation gênante parce que inconfortable. 

(2) Le montant total déclaré par Patrichi Tanasa est de « un milliard trois cent millions de francs CFA » cumulé. Or, la Fondation Sylvia Bongo dit n’avoir perçue que dix millions de francs CFA. La différence étant trop énorme, il revient à Jessy Ella Ekoga, l’intermédiaire desdites transactions, d’expliquer à l’opinion publique où serait passé les « un milliard deux cent quatre-vingts dix millions de francs CFA » disparus. 

Hypothèse 1 : Patrichi Tanasa a menti sur le montant offert à la Fondation Sylvia Bongo. Il revient alors aux juges en charge de cette affaire de chercher à voir plus clair en opérant la procédure du contradictoire comme l’exige la loi. 

La Fondation Sylvia Bongo, dans son communiqué, bien que précipité, pour des questions d’honneur, aurait dû exiger des excuses publiques en même temps qu’elle aurait directement déposé une plainte pour diffamation contre Patrichi Tanasa. Or, il n’en n’est rien. Ce qui laisse la place au citoyen averti de penser que Patrichi Tanasa n’a pas inventé cette affaire d’un milliard trois cent millions de francs CFA. Alors… 

Hypothèse 2 : Patrichi Tanasa n’a pas menti dans ses déclarations. La Fondation Sylvia Bongo a bien touché l’argent considéré comme détourné. Alors, elle doit répondre devant la justice puisqu’il s’agit désormais d’un acte jugé délictueux. Un proverbe gabonais bien connu des sages dit « tant que la merde est dans le ventre, il n’y a aucun risque qu’elle dégage. Mais une fois sortie, bonjour les dégâts ». Et nous y sommes. 

Comment avec de telles bombes dans le ventre des amis de Brice Laccruche Alihanga (BLA), connues de leurs anciens alliés, on peut décider de les enfermer et de prendre le risque suicidaire de les juger devant un public éveillé et des médias attentifs ?

La justice gabonaise doit jouer son rôle au risque de créer un précédent tellement flagrant qu’elle perdra en crédibilité et en légitimité. Une véritable honte et un grand déshonneur pour notre pays.  Attention à ne pas être des juges maudits par l’Esprit du Gabon. 

Car, la passivité scandaleuse qu’ils affichent serait du pain béni pour les avocats de Brice Laccruche Alihanga et son frère Grégory, mais surtout pour la juge française, Élodie Meryanne qui, après les conclusions du rapport des experts de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, pourra légitimement brandir devant les tribunaux français et du monde entier l’incapacité et l’incompétence de la justice gabonaise à juger son compatriote incarcéré depuis bientôt trois ans. 

Hypothèse 3. Patrichi Tanasa et la Fondation Sylvia Bongo n’ont pas menti. Le premier cité a bien décaissé les « un milliard trois cent millions de francs CFA ». La Fondation Sylvia Bongo a bien reçu les « dix millions de francs CFA » révélés à l’opinion publique via son communiqué. Ce qui voudrait dire que Jessy Ella Ekoga aurait détourné « un milliard deux cent quatre-vingts dix millions de francs CFA ». Ce qui est énorme pour ne pas dire trop grossier. Alors… 

(a) Pourquoi est-il toujours en poste au Palais présidentiel en qualité de porte-parole de la présidence de la République ? (b) Pourquoi la jurisprudence Oyiba ne s’applique t-elle pas afin que la lumière soit faite sur cette affaire sombre et sale qui entache la fonction présidentielle?  (c) Pourquoi à ce jour il n’a fait aucun démenti des révélations graves le concernant ? (d) Est-ce à dire que ce que Patrichi Tanasa aurait dit serait totalement vrai ?  Lui qui est prompt à faire des conférences de presse pour se donner en spectacle ?  

De ce qui est désormais publique, on sait que Jessy Ella Ekoga a récemment ouvert une pharmacie privée dans la commune de Bitam. Si certains se sont toujours interrogés sur le mécanisme utilisé par cet infographe pour ouvrir cette pharmacie alors qu’il n’est pas pharmacien, comme l’exige la loi, nombreux se sont toujours demander où il aurait trouvé tout cet argent pour réaliser un tel investissement aussi coûteux. Tout ceci peut expliquer cela. 

En plus, Jessy Ella Ekoga semble désormais être inscrit sur la liste prisée des sponsors de l’Union Sportive de Bitam (USB). Où aurait-il trouvé autant d’argent pour rivaliser de gestes humanitaires ou de générosité superficielle avec mère Teresa des Tropiques ? Tout ceci peut expliquer cela. 

Dans la même lignée des œuvres trop coûteuses, on constate qu’à la place de la fameuse clinique de la Peyrie à la réputation sulfureuse où se volatilisait les clitoris des jeunes filles pousse désormais un immeuble de près de dix étages. À qui appartiendrait cet investissement digne d’un nouveau milliardaire ou d’un prisonnier en puissance? Tout ceci peut expliquer cela. 

Après le procès public de Ike Ngouoni et les accusations de détournements de fonds portées contre Brice Laccruche Alihanga, on pensait que la présidence de la République arrêterait sa capacité à produire des milliardaires susceptibles de poser des actes dignes de mécènes ou d’hommes d’affaires aguerris. 

C’est dire que, finalement, c’est le système en place dans cette institution qui est cancérigène. C’est bien le mécanisme de fonctionnement de cette institution qui rend les gens trop riche et trop vite. Donc pas besoin de voler sinon Jessy Ella Ekoga ne ferait pas les mêmes choses qui ont été reprochées aux BLA boy’s. C’est dire que ces compatriotes ne sont pas en prison pour des questions d’argent ou de détournements de fonds publics. Justice gabonaise, ressaisis toi. 

Avec le scandale révélé par Patrichi Tanasa, effectivement, tout ceci peut expliquer tout cela. Autrement dit, les investissements lourds et colossaux de Jessy Ella Ekoga ne peuvent pas reposer sur ses primes de conseiller spécial du Président de la République. Cet argent dépensé provient d’où ? D’un crédit bancaire où d’un mécanisme sulfureux ? 

Soit l’épouse du Président de la République fait de la lumière dans cette affaire qui l’accable très sérieusement, soit la presse continuera à tourner ce sujet dans les dix milles angles possibles. À ce niveau des enjeux, chacun joue sa crédibilité. L’Organisation Patronale des médias (OPAM) avait promis faire retrouver à la presse ses lettres de noblesse là où les autres pouvoirs se sont couchées face à l’imposture et la forfaiture. Nous y sommes. 

La logique voudrait que, pour une situation aussi extraordinaire que puante, soit on libère tous les acteurs cités, soit on les condamne tous. Des jurisprudences de cette nature existent à travers le monde. L’affaire Elf gérée par des sages comme Omar Bongo Ondimba peut être citée en exemple. Toutefois, une chose reste certaine, cette situation enfermera tous ceux qui refusent d’en sortir. Le temps est plus que jamais court. L’histoire de Grâce Mugabe et d’Isabelle Dos Santos résonne pourtant très fort. 

Les enfants des autres ne sont pas des animaux. »

Par Télesphore Obame Ngomo

Président de l’OPAM

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