Gabon / Capellogate : de la nécessité d’aller au bout des enquêtes et des interpellations

LE COFFRET

Si l’implication de la justice est globalement saluée dans le cadre du scandale de pédocriminalité qui éclabousse le sport gabonais, les interpellations faites à la suite de ces révélations laissent un goût amer. Entre des soupçons de règlement de compte politique, et la tranquillité accordée à certaines personnalités citées, et pas à d’autres, il importe que les autorités judiciaires aillent au bout de chaque piste soulevée par l’enquête journalistique. 

Le scandale de pédocriminalité qui secoue actuellement  le sport gabonais a connu un tournant le 21 avril dernier,  avec l’arrestation du président de la Fédération gabonaise de football (Fégafoot), Pierre Alain Mounguengui (PAM). Une arrestation à la saveur particulière, puisqu’elle intervenait quelques jours après sa réélection à la tête de l’instance faîtière du football. 

Si ce geste traduit la volonté des autorités judiciaires de voir ce dossier avancer à grand pas, autant dire qu’il faut aller au fond de cette affaire qui entache fortement l’image du Gabon à l’extérieur. Ainsi, toutes les personnalités sportives ou politiques citées dans l’enquête de Romain Molina (le journaliste français qui a éventré le scandale) doivent être au moins entendues. Avec elles, les anciens présidents  de la Fégafoot, étant donné que ces pratiques pédocriminelles durent depuis une trentaine d’années, selon l’enquête journalistique publiée dans le journal anglais The Guardian.

Le chef de l’Etat Ali Bongo Ondimba  ne s’y est d’ailleurs pas trompé quand au lendemain des premières révélations, il a appelé la Justice à faire toute la lumière sur cette affaire, et à traquer ces pédocriminels jusqu’au dernier. Sonnant ainsi le début de la chasse à l’homme qui a déjà abouti à l’arrestation d’une demie douzaine  de coachs sportifs, dans des domaines aussi variés que le football, le tennis, ou le taekwondo. 

S’arrêter au seul PAM serait simpliste, estiment les analystes au fait de la question. Tant le dernier article de Romain Molina dans le journal Britannique The Guardian met en relation des viols sur mineurs dans le sport  et des personnalités politiques, à l’instar d’Hervé Patrick Opiangah, président de club de football et de parti politique. Abondamment cité dans les révélations, ce dernier n’a par exemple pas été entendu. PAM serait-il le parfait bouc-émissaire pour étouffer l’affaire ? Une main noire serait-elle derrière l’accélération soudaine de son dossier, pour le punir de s’être arc-bouté à la tête de la Fégafoot, contrairement  au destin administratif qui lui était suggéré ? L’on se souvient encore que la veille de l’élection de la Fégafoot, PAM a été nommé au ministère des Sports pour, semble-t-il, faire invalider sa candidature à la Fégafoot. offre qu’il a déclinée pour poursuivre son rêve fédéral. Des questions fusent depuis lors, et d’aucuns n’hésitent plus à qualifier son arrestation de règlement de compte politique.  

C’est le cas, entre autres, de Marc Ona Essangui, leader de la société civile gabonaise, qui estime que Pierre Alain Mounguengui paie plus le prix de cet affront qu’autre chose. « Pourquoi avoir attendu qu’il décline votre offre de nomination et qu’il déjoue vos plans visant à imposer votre homme à la Fégafoot, Efong Zolo, pour le convoquer sur un dossier qui remonte d’avant la CAN? Toutes les manœuvres pour refuser sa candidature ont échoué et son élection est effective à la régulière. Je ne suis pas fan de football, je n’ai jamais croisé ce Monsieur, tout ceci sent un règlement de compte personnel (…)Une façon très habile de brouiller les pistes sur l’épicentre du phénomène de la pédophilie dans le football gabonais » a estimé le Prix Goldman sur sa page Facebook.

En définitive, pour éviter que ce scandale qui commence à voir tomber ses premières têtes  ne soit perçu comme une arme politique contre certains, il importe que les autorités judiciaires gabonaises aillent au bout des démarches, en épiant chaque piste soulevée par l’enquête journalistique, qu’importe la stature et la posture de l’incriminer. Vivement donc que ce texte tombe sous le coup de l’adage qui veut que le temps médiatique ne soit pas le temps judiciaire.

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