Appel à la privatisation de la CNSS : les Gabonais entre adhésions et réticences

LE COFFRET

La dernière assemblée générale de la Confédération patronale du Gabon (CPG), qui a consacré le changement de nom de cette entité, devenue Fédération des entreprises du Gabon (FEG), a servi de cadre au patronat pour à nouveau aborder la question de la privatisation de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Déjà soutenue il y a plus de deux ans par l’ex-CPG, l’idée de privatiser la CNSS est à nouveau mise sur la table dans un contexte où celle-ci fait face à des tensions de trésorerie énormes, à une incapacité de payer ses retraités à temps, et à une gestion chaotique qui a conduit à sa mise sous tutelle.

« C’est nous qui payons. Nous pensons que nous devons gérer la CNSS et que l’État doit rester dans son rôle de régulateur et de contrôleur de l’action« , a notamment avancé le président de la Fédération des entreprises du Gabon,  Henri-Claude Oyima, pour réclamer cette réforme. Une idée qui séduit certains Gabonais, au regard de l’orthodoxie qui caractérise le secteur privé. 

« Je pense que cette proposition mérite que l’on s’y attarde. En effet, la CNSS vit des cotisations patronales et salariales des employés, dont le principal objectif est de sécuriser l’après-retraite et les accidents du travail, et non servir à payer les gros salaires des agents dont beaucoup sont des fonctionnaires en planque. Que ceux qui sont propriétaires des sommes injectées mettent en place une gestion paritaire qui tombe sous le sens. Toutefois, le « nous » doit inclure les autres partenaires sociaux que sont les organisation des travailleurs« , a indiqué Sylvain Bingangoye. 

Mais cet avis est loin d’être partagé par tous. Si « la mauvaise gestion » de l’État est unanimement reconnue vis-à-vis de la CNSS, d’aucuns craignent cependant que les patrons d’entreprises ne finissent par devenir juges et partis, si la gestion de la Caisse devait leur être confiée. C’est le cas de B.M, une gabonaise qui a requis l’anonymat.

« Confier la gestion de la CNSS au patronat, c’est leur donner la possibilité d’être juges et parti. C’est vrai que l’État n’a pas bien géré les choses jusqu’à lors, mais de là à donner tous les pouvoirs aux grandes entreprises ça va pas le faire. Il faut des gardes-fous pour éviter les absences de cotisations de certaines entreprises qui, parce qu’elles appartiennent à la FEG, pourraient avoir des passes-droits« .

« Et si y a faillite ? Qui remboursera ? l’État, même si c’est un mauvais payeur, rembourse toujours« , a-t-elle ajouté.

La même hésitation est partagée par Arnauld Engandji, ancien ministre gabonais. « Cette proposition pose un certain nombre de problèmes selon moi. Premièrement, les salariés se plaignent du non-paiement de leurs cotisations. Comment les mêmes patrons pourront-ils garantir la neutralité dans le traitement de ces dossiers. Hypothèse :  BGFI n’a pas payé ses cotisations…

Autre élément, la CNSS peut saisir les comptes des entreprises en tort. A quel moment le feront-ils entre eux pour le bien des salariés ? À quel moment ce levier devient un outil entre eux, même pour éliminer la compétition ? La question se pose. Enfin, on constate que la CNSS gère également une partie santé. En privatisant l’entité, ce pan se retrouverait entre les mains de quelqu’un d’autre que l’État. Cela me gêne beaucoup« , a partagé l’ancien leader syndical sur sa page Facebook. 

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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