Le Billet sarcastique : Christopher Ray Ngari, la conséquence et pas la cause 

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour revient sur la polémique autour du jeune Christopher Ray Ngari, connu pour avoir réalisé des « portraits à la peinture » de plusieurs personnalités publiques gabonaises. Il se dit que ce qu’il présentait comme une peinture ne serait qu’une « composition numérique » faite avec des logiciels informatiques. Lecture en dix points.

1. « Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute« . Christopher Ray Ngari vient d’en administrer une preuve supplémentaire à ses milliers de fans d’hier qui l’insultent aujourd’hui. Hier encore, il était reçu dans les plus beaux salons feutrés de notre capitale, où le gotha politique et administratif se bousculait pour lui donner une visibilité, sans jamais savoir pourquoi au juste.

2. Il lui a suffit d’avoir une belle gueule, d’avoir un nom qui compte et qui renvoie à une notabilité, d’avoir deux prénoms d’acteurs de cinéma et de compléter ce beau tableau par un culot hors-pair, pour qu’il devienne un modèle à vendre. Les ministres, les hommes politiques, les hauts fonctionnaires, les artistes et tout ce que la République compte de référents, a absolument tenu à associer son image à celle de ce jeune homme au talent décrété par les puissants.

3. Et voilà qu’après que cette grande opération de marketing artistique ait marché,  au-delà de leurs espoirs, un fait inattendu survient pour faire réaliser à tout ce beau monde, la grande supercherie. Le jeune artiste peintre, portraitiste autoproclamé, est un usurpateur à plusieurs égards. Il n’est ni dessinateur ni peintre. Il ne serait qu’un utilisateur d’outils numériques qui se sert d’images et de photos d’autres artistes, pour les modifier et se les approprier comme auteur.

4. Il aurait donc infiniment plus de talents en tant qu’informaticien qu’en tant que peintre. Chapeau, mon garçon ! Tu es le digne représentant de la jeunesse gabonaise d’aujourd’hui. Tu n’es que la conséquence d’une société où le mensonge, la tricherie, la facilité et la cupidité sont devenus des vertus et s’établissent comme le système de valeurs les plus partagées. Quel talent, de tenir si brillamment ce rang ! 

5. N’étant donc que la conséquence, tu es moins blâmable que les causes qui l’engendrent. Et les causes, chacun les connaît. Même ceux qui t’insultent aujourd’hui, savent au fond d’eux que tu n’es que le reflet de leurs propres désirs. Ce qui les énerve ce n’est pas tant le fait d’avoir menti et triché, mais c’est seulement le fait d’avoir réussi ton mensonge et d’en avoir su tirer profit quand eux ont échoué à réussir les leurs. 

6. Il est juste pitoyable que ceux qui t’ont trouvé les qualités d’artiste-peintre, sans avoir pris la précaution de les éprouver au tamis de la compétence et de l’excellence, te jugent indigne aujourd’hui. Trop tard ! Ils ont déjà fabriqué et adoubé la bête. Et ils veulent se donner bonne conscience quand la bête se révèle immonde ? J’en ris ! Moi je les juge plus indignes que toi, d’avoir trouvé dans les traits douteux et hésitants de ton art inexistant, un quelconque talent. 

7. Ils sont aussi plus méprisables que toi car, en te jetant la pierre, ils confirment à la face du monde leur grande inculture et leur stupidité d’avoir pu confondre réalisation artistique et composition numérique. Parce que, sans être du domaine, quand on a un minimum de culture en matière artistique, il y a des fondamentaux qui transparaissent dans chaque signature artistique et que je n’ai point vu chez toi. 

8. En revanche, il m’a suffit de tomber par hasard sur la page de Les Crayons de Hans, un dessinateur autodidacte, portraitiste comme toi, pour que je valide son art dont le portrait ci-joint trône dans mon salon. Parce qu’un artiste dont le talent est pur et authentique, ne se revendique pas comme tel dans le regard des puissants. L’art ne se décrètera jamais comme les nominations en Conseil des ministres. L’art ne doit donc pas être un objet de propagande politique. 

Portrait réalisé par Hans, de la page Les Crayons de Hans.

9. Et puis, entre nous, le jeune Christopher Ray Ngari devenu en l’espace d’une nuit, un paria, aurait-il eu la même exposition médiatique s’il n’avait pas été bien nommé ? Son patronyme n’a-t-il pas été au fond le seul détonateur de son succès ? Je suis certain qu’il y avait dans un petit coin de cerveau de ses publicistes, un peu de cet opportunisme malsain qui veut qu’on tende la perche à l’un des siens. Cet « entre soi » qui guide les esprits pour maintenir les castes.

10. Christopher Ray Ngari est le Bernard Madoff de la peinture. Pour avoir réussi à gruger des ignorants parmi lesquels quelques puissants, je lui tire mon chapeau. Ne faisons pas de cet épiphénomène, le casse du siècle. Sa faute est un larcin qui ne sera jamais comparable au pillage des deniers publics, au trucage des élections, à la grave compromission de nos élites dans le système de corruption qui gouverne le Gabon. 

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur 

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