Le Billet sarcastique : la tétralogie du déclin, le court règne des vertueux #Acte1

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Dans le billet du jour, notre chroniqueur oppose deux époques et deux types de compatriotes : les vertueux et les vicieux. Découvrons la période vertueuse en dix points.

1. La Tétralogie est un ensemble de quatre pièces de 

théâtre dont les 3 premières sont des tragédies ordinairement liées entre elles, et la quatrième un drame. Cette définition tirée de l’antiquité grecque s’applique pourtant dans le Gabon moderne, tant notre pays exécute depuis son accession à l’indépendance, une pièce de théâtre en quatre actes : (1) acte 1: le prologue interrompu des vertueux, (2) acte 2:  l’intermède prolongé des vicieux, (3) acte3: l’entracte chaotique des pernicieux et (4) acte 4: l’épilogue tragique des miséreux.

2. L’acte 1 de la tétralogie du déclin gabonais avait paradoxalement magistralement été interprété par les pères fondateurs de notre pays, la génération du Président Léon Mba, à laquelle on doit la seule vraie période de rigueur morale de notre nation. En effet, de toutes les générations de Gabonais, ils ont été les plus vertueux. Ils ont été dignes de cette époque prometteuse qui ouvrait à notre peuple le rêve du développement. Cette volonté d’offrir à leur pays le meilleur était alors partagée par le plus grand nombre et chacun y contribuait par son travail acharné.

3. Les histoires que nous racontaient nos parents et grands-parents de cette belle époque, qui relevaient de faits banals de la vie quotidienne, rendent compte de cette vertu, et seraient totalement inédites dans le Gabon d’aujourdhui. C’était une époque faite d’hommes et de femmes pieux, sérieux, courageux, besogneux, ambitieux, généreux et soucieux de l’intérêt général. Une époque où nul ne prenait rien qui ne lui appartienne. Et encore moins un bien qui soit la propriété collective du peuple gabonais.

4. Elle est loin cette époque où chacun travaillait à sa petite charge (fonction), dans le secteur public ou privé ou à son compte, avec l’inaltérable envie d’améliorer ses conditions et partant, celles de tous ses compatriotes. Leur énergie et leur engagement au travail était un don de soi fait à la patrie pour laquelle on rêvait très grand et consentait par conséquent des sacrifices. Et dans cette dynamique, chacun était à la fois le gardien et le policier de l’autre. Tout était fait pour refléter une réelle conscience collective. 

5. Chaque acté était minutieusement analysé et chaque faute commise communément reconnue comme telle, décriée et rigoureusement punie par la loi et clouée au pilori par la morale publique. J’ai le souvenir des récits de contrôles inopinés effectués dans les administrations, sociétés publiques et parapubliques, par les agents administratifs. Une fois les comptes de gestionnaires passés au crible, chaque sou dépensé et non justifié donnait voie à des poursuites. On allait alors en prison pour 250 CFA. 

6. Et lorsque vous étiez ainsi convaincu de détournements de deniers publics, vous étiez présenté comme tel, sans faux-semblants et sans ménagement. Vous répondiez seul de vos actes devant la nation qui ne vous réhabilitait qu’après une juste expiation par la sanction ou par la prison. Et chacun en avait conscience à son petit niveau et faisait correctement son travail. Il n’y avait pas de passe-droits, de citoyens intouchables et de roitelets locaux ou nationaux. Les Gabonais étaient égaux devant la loi et la main de la justice ne tremblait devant personne.

7. Malgré l’incertitude née de la l’indépendance de nos nations fragiles, le peuple était heureux, il était soudé parce que engagé et solidaire dans le processus de recherche du bonheur partagé. Et au-delà des matières extractives abondantes et encore inexploitées, la valeur du travail était la principale matière première nationale. En administration publique ou privée et à l’école, le culte du travail était institué. Seuls les meilleurs étaient remarqués et récompensés. Et les médiocres s’en félicitaient.  

8. Même en matière politique, la compétition et/ou la contradiction était admise. Elle n’a d’ailleurs jamais été plus ardue qu’à cette belle époque. Et pour cause, la pensée politique était plurielle et son expression libre. Quoique les historiens de pacotille aient pu en dire après, les figures politiques de cette époque étaient toutes porteuses d’une vision pour le Gabon et animées d’un immense amour pour la nation. Jamais leurs querelles politiques n’ont franchi le mur de la raison pour justifier des meurtres et crimes politiques.

9. Dans le court règne de ces #vertueux, on savait se parler et se retrouver en dépit des différences idéologiques et des origines ethniques. On transcendait toutes ces considérations pour qu’en définitive le Gabon soit le seul gagnant. « Gabon d’Abord » était le seul credo qui irriguait les cœurs et guidait leurs actions. Mais cette belle entrée en République va durer moins d’une décennie. Les ennemis de la patrie, voulant briser cet élan nationaliste qui se renforçait et se conslolidait, vont brutalement y mettre un terme.

10. Et à doses homéopathiques, ils vont remplacer les vertueux par un nouveau type de Gabonais plus malléable et plus corvéable. Un type de Gabonais qui sera un savant dosage entre le vertueux dont il aurait dû s’inspirer, et le pernicieux qu’il va engendrer. C’est l’ère du vice, l’arrivée sur la scène publique d’hommes ayant une disposition naturelle pour le mal, et qui sont particulièrement enclins à la débauche et au libertinage. Bien choisis, ils sauront se donner un air sérieux en étant incroyablement vicieux

Sarcastiquement vôtre !

A Suivre… La tétralogie du déclin : l’empreinte indélébile des vicieux / acte II  

Serge Abslow 

Chroniqueur

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