jeudi, avril 25, 2024
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    Le Billet sarcastique : sommes-nous devenus un pays d’incapables ?

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    Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour traite du naufrage du navire Esther Miracle et ses conséquences sur la Nation gabonaise. Pour Serge Abslow, « nous sommes devenus ce pays improbable qui brille par l’improvisation et par l’incantation ». 

    1. La tragédie qui frappe la Nation à travers le naufrage de ce bateau maudit baptisé Esther-Miracle, nous révèle le grave recul de notre pays dans sa capacité à réagir devant l’imprévisible. Il est inutile de revenir sur les causes de ce naufrage dont chacun a compris, au regard de l’omerta instaurée par les autorités sur ces questions, qu’elles sont inhérentes à la négligence et à la cupidité des hommes. 

    2. Mais je voudrais nous inviter à rembobiner la bande de ce film d’horreur qui choque la Nation et qui a débuté au soir du 8 mars 2023. Selon le manifeste qui circule sur les réseaux sociaux, 124 passagers auraient embarqué sur le bateau maudit qui a sombré. A ces 124 personnes il faut ajouter les membres d’équipage, dont personne ne sait jusqu’à ce jour quel est le nombre exact. 

    3. Ce chiffre restera donc extensible à souhait jusqu’aux conclusions de l’enquête qui ne viendront jamais. Vue l’heure probable du naufrage, l’Esther-Miracle aurait quitté le port tard pour une navigation en pleine nuit. En dépit des réserves émises par l’autorité portuaire, pourquoi ce rafiot choisit-il de naviguer de nuit plutôt que de jour où la visibilité demeure un paramètre essentiel de la navigation maritime ? 

    4. Le naufrage et l’opération de sauvetage chaotique qui s’en est suivie vient de nous en donner la preuve que la navigation de nuit est dangereuse. Selon les hypothèses les plus vraisemblables, les premiers secours seraient arrivés sur le lieu du drame plus de 3h après sa survenue. Comment est-ce possible dans un pays moderne ? Esther-miracle n’aurait-il pas suivi le protocole d’urgence en lançant un SOS aux services compétents ? Si non pourquoi ?  Si oui, à quelle heure ? 

    5. Les services de la capitainerie de la Marine marchande doivent en répondre clairement pour situer les responsabilités. Au-delà de ce protocole d’urgence qui relève des procédures en matière de navigation maritime, il y a aussi et surtout que les 125 passagers disposaient certainement de leurs téléphones portables. Nous avons tous vu et entendu qu’ils ont appelé des proches qui ont ensuite dû alerter des gens. 

    6. Dans ce pays où tout le monde connaît quelqu’un qui connaît toujours quelqu’un, j’ai envie de penser que l’information est bien arrivée à qui de droit. Mais alors, comment se fait-il que les secours officiels ne soient arrivés sur les lieux que 3h plus tard ? Où était la marine nationale qui est censée patrouiller le long des côtes gabonaises pour assurer l’intégrité de notre territoire ? Que faisait la brigade nautique? 

    7. Pourquoi les hélicoptères de nos forces de défense ne sont-ils pas intervenus pour sauver des compatriotes et éviter à la Nation ce traumatisme ? À cette allure, si le Gabon était un jour attaqué par la mer, qui nous protégerait ? La vérité c’est que nous vivons aujourd’hui dans un pays où tout a foutu le camp et où rien de fiable ne tient encore en place. Nous sommes devenus ce pays improbable qui brille par l’improvisation et par l’incantation. 

    8. Tout est résolument dans la cosmétique. On ne dirige pas un pays simplement pour se donner des apparences. La gestion d’un pays est une œuvre si sérieuse qu’elle ne doit pas être ce théâtre où se relaient des comédiens d’opérette. Parce qu’il est loin le temps où le Gabon était respecté pour sa capacité à faire face aux épreuves. Nous sommes devenus le pays de toutes les incapacités par le fait des incapables. 

    9. Incapables de prévenir des naufrages pourtant prévisibles, incapables de secourir des compatriotes en détresse, incapables d’apaiser les familles des victimes, incapables de donner des réponses aux questions simples, incapables de fournir des informations fiables et vérifiables… Nous sommes devenus ce pays incapable du strict minimum attendu quand survient un fait inattendu.

    10. Ce qui est simple ailleurs relève désormais ici de la réinvention de la pierre philosophale. On néglige, on hésite, on bricole, on divague, on dissimule, on maquille, on masque, on protège… On va dans tous les sens sauf là où il faudrait aller. On ajoute ainsi du flou au flou, de la suspicion à la suspicion, et de la douleur à la douleur. Le Gabon est devenu ce pays où chaque Gabonais est l’ennemi de son frère mais aussi son propre ennemi. J’ai mal, j’ai honte et j’ai la haine.

    Serge Abslow 

    Chroniqueur 

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