Le Billet sarcastique : un triangle d’or qui ne profite qu’aux autres

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour est une incursion dans une zone frontalière riche dont le Gabon et les Gabonais n’ont pas encore su tirer profit. Lecture en dix points.

1. Pour avoir travaillé 5 années durant dans le Woleu-Ntem avec pour résidence Oyem, j’ai assidûment fréquenté la Vallée du Ntem qui s’étend, de Mongomo en Guinée Équatoriale, à Minvoul au Gabon, en passant par Ebibiyin, Meyo Kyé, Kyé Ossi, Eboro et Abang Minko. Par extension, on y compte Bitam au Gabon et Mbam au Cameroun. Savez-vous que cette zone des 3 frontières située à l’extrême nord du Gabon, est un véritable triangle d’or ?

2. Il s’agit d’une zone économique potentiellement stratégique qui voit la rencontre de 3 nations, de 3 économies et de leurs 3 peuples, les Camerounais, les Gabonais et les Équato-guinéens. La rencontre de ces 3 peuples, facilitée par les 3 ponts construits sur les fleuves Kyè et Ntem, à Meyo Kyè, à Ebibiyin et à Eboro Ntem, devait créer une zone de prospérité partagée qui ferait le bonheur de tous. 

3. Mais près de deux décennies après la jonction par ces trois ponts, quels sont les effets induits pour les peuples respectifs de ce triangle d’or ? De ce que j’ai pu observer durant mon long séjour à Oyem, la vie économique de ce chef-lieu de province est rythmée par une prédominance de produits importés des deux autres pays voisins. Près de l’essentiel de ce qui est vendu sur Oyem vient pour une grande part du Cameroun et pour une moindre part de Guinée équatoriale.

4. Partant des produits agricoles, aux produits industriels, en passant par le textile et les matériaux de construction, l’essentiel de ce qui est vendu nous vient outre Ntem. La Guinée équatoriale quant à elle s’est spécialisée dans l’exportation vers le Gabon de produits cosmétiques et d’alcools. Gels douche, crèmes, vins et spiritueux espagnols inondent les boutiques à Oyem et Bitam. Le triangle d’or est une telle sphère d’opportunités pour les Gabonais qu’on les voit affluer de tout le pays.

 5. Tous les week-ends, des charters de bus remplis de Gabonais venant de toutes nos villes convergent en direction du célèbre « Marché mondial« , de Kyè Ossi et de Ebibiyin. Si ces derniers y vont pour acheter, à l’inverse, les autres y vont pour vendre. Des commerçants viennent de Yaoundé et Douala avec des cargaisons de marchandises pour nous les vendre. C’est là toute la différence d’état d’esprit. Nous sommes restés exclusivement des consommateurs quand les autres sont devenus des fournisseurs.

6. Mais à bien y regarder, cela n’est pas le fruit du hasard. C’est la conséquence d’une vision impulsée au sommet de l’État, communiquée et facilitée sur le terrain. Si certains ont bien compris les enjeux liés à une telle zone de libre échange et les intérêts économiques qu’elle renferme, les autres eux, n’ont rien compris. Ainsi, en 20 ans de libre échange dans cette vallée, on a vu le « Marché mondial », Kyè-ossi et Ebibiyin se transformer littéralement en zones franches. 

7. Autrefois de petites bourgades insalubres, elles sont devenues des petites villes dotées d’infrastructures attrayantes. Hôtels, restaurants, centres commerciaux, salons de coiffure et d’esthétique. Tout ce foisonnement n’a pour objectif que de capter l’argent venu d’ailleurs. Et les premiers qui trinquent sont ces Gabonais qui y affluent chaque week-ends pour faire leurs emplettes quand ce n’est pas pour profiter du confort de l’hôtel Saratel.

8. Les Gabonais prennent ainsi d’assaut, les marchés aux textiles et aux vivres, les débits et dépôts de boissons, les garages, les cabarets et les maisons closes, les hôtels et motels….  Ils y dépensent chaque week-end des sommes folles pour le plus grand bonheur de nos voisins. Dans le même temps, des convois de camions charrient des tonnes de marchandises à destination de notre marché intérieur. Pas un seul dispositif côté Gabon pour contrer tout ça. 

9. Meyo Kyè et Eboro Ntem sont demeurés des villages au sens strict. A part les garnisons de gendarmerie qui régulent le trafic transfrontalier et les différents services de contrôle et taxation des marchandises, aucun développement n’y est perceptible. Même les moto-taxis qui transportent les personnes de part et d’autre des 3 ponts sont tous camerounais. Les grandes villes alentour ont connu un essor chez les autres. 

10. Ebibiyin est devenue une ville moderne desservie par une autoroute. Mbam est devenue une cité coquête qui tire profit de ce commerce triangulaire. Le triangle d’or n’a pas profité aux seuls Gabonais qui sont économiquement largués par le dynamisme de leurs voisins. Peut-on les en blâmer ? Leur gouvernement n’a pas trouvé utile de créer, ne fût-ce qu’un simple hangar, pour servir de bestiaire de mise en quarantaine des cheptels qui alimentent nos marchés en viande bovine. Mon pays dort au premier banc !

Sarcastique Vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur 

1 COMMENTAIRE

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Yves Glenn Endamane
Yves Glenn Endamane
1 mois il y a

Très bonne analyse.

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