samedi, avril 13, 2024
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    Télesphore Obame Ngomo : « l’élection présidentielle s’annonce difficile »

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    Dans une tribune publiée sur les réseaux sociaux intitulée « Le débat de Missélé eba’a », le président de l’Organisation patronale des médias (Opam), Télesphore Cyr Obame Ngomo analyse les faiblesses accumulées par le président Ali Bongo Ondimba et son parti politique à quelques mois des élections générales. Entre une « famille désunie », un « PDG démobilisé et en lambeaux », la « débâcle des cadres Téké », la « Légion étrangère » et la « situation sanitaire dramatique du Chef de l’Etat », le président de l’Opam estime que le PDG fait tout pour perdre ces élections. Lecture.

    « Enfin 2023 est là. C’est l’année de l’élection présidentielle dans notre pays. L’heure de la récolte a sonné pour ceux qui avaient la charge de la gestion de la chose publique comme pour ceux qui la cherchent. 

    En effet, pour apprécier ou pour juger objectivement le bilan du président de la République, les observateurs sérieux gagneraient à s’appuyer sur son projet de société. C’est sur la base de celui-ci qu’il s’était présenté devant le peuple en 2016 et avait justifié son maintien au sommet de l’État après les joutes électorales difficiles. 

    Autrement dit, la question essentielle à se poser pour savoir si le bilan d’Ali Bongo est bon ou pas est : le président de la République a-t-il réussi à mettre en place une politique de l’égalité des chances au Gabon ? À chaque Gabonais d’y répondre. 

    Une image prise pendant la contestation post-électorale de 2016.

    Au-delà de cette question déterminante, il y a la problématique de la gestion de la ressource humaine dans le pays. Comment Ali Bongo a-t-il géré le personnel politique du Gabon, les acteurs de la majorité comme ceux de l’opposition ? Car, osons le dire, ce sont les hommes qui font la politique, ce sont les individus, d’ici et d’ailleurs, qui font les campagnes électorales. 

    Jadis Omar Bongo avait créé une manière de gérer le personnel qui devait servir sa politique de conservation du pouvoir. Autour de lui et avec lui, on pouvait voir sa famille, son clan, sa province natale, toutes les ethnies y vivant confondues, son parti politique, le PDG et les partis alliés naviguant parfois dans l’opposition, les cercles ésotériques ou mystiques dont il était généralement un membre éminent voire le chef suprême, et la diplomatie intérieure et extérieure alimentée par ses compagnons des premières heures de son magistère à la tête du pays couronné par tous ses réseaux d’influence à l’étranger. Tel était conçu le pouvoir d’Omar Bongo Ondimba. Une ossature efficace qui a fait son temps pour laisser place au néant et au bluff. 

    Quand on observe le spectacle ridicule de la famille Bongo Ondimba qui a entouré les obsèques du patriarche Fidèle Andjoua où un des fils d’Omar Bongo n’a pu assister à ladite cérémonie, on comprend que cette famille a atteint le fond. Nul doute que le fils d’Ondimba a dû faire des centaines de tourniquets dans sa tombe après cette façon indigne des siens de se comporter devant la face du monde. 

    Inutile de rappeler tous les scandales inutiles liés à la gestion du patrimoine matériel et numéraire laissé par le défunt président. Il sera difficile de penser à une unité sincère des enfants Bongo Ondimba après ce que certains ont vomi ou laissé paraître dans la presse, d’ici et d’ailleurs. L’essentiel n’a même pas été protégé : la mémoire d’Omar Bongo Ondimba. 

    Enfin, la situation sanitaire dramatique d’Ali Bongo a montré combien de fois l’anarchie et la division règnent dans la famille. Or, avec une famille soudée, Ali Bongo serait moins seul comme les Gabonais tendent à l’affirmer. Et dire que les Saintes Écritures sont formelles : aucun royaume divisé ne peut régner et malheur à l’homme seul. Comment conserver le pouvoir lorsqu’on n’a pas sa famille avec soi?  

    Que dire de la débâcle injustifiable de la majorité des cadres Téké, même les plus méritants, dans les arcanes du pouvoir et de l’administration?  Il est bien vrai que certains n’étaient pas à leur place mais cette razzia observée n’était vraiment pas opportune. Elle relevait d’un mauvais état d’esprit. On a eu l’impression d’assister à une partie de chasse aux sorcières qui s’est soldée par une hégémonie de la Légion étrangère au sommet de l’État. Notons que ce triste sort réservé aux cadres Téké peut être prolongé à la majorité des cadres du Haut-Ogooué. 

    En fait, une grande partie des fils de cette province a perdu emploi et business comme si on les rendait responsables du peu de résultats observés dans la gestion du pays. Ce qui est naturellement faux car les différents scandales financiers liés à des enrichissements extraordinaires sont légions dans tout le pays et ont pour responsables les fils de toutes les provinces du Gabon. 

    De plus, on constate avec regret que ceux qui gèrent le fauteuil présidentiel ont décidé de faire la part belle à une bande d’individus contenus dans le vocable «  Légion étrangère ». En un clin d’œil, ces gens deviennent aussi riches que les plus fortunés de notre pays quand la grande majorité des Gabonais tire le diable par les poils de son mollet droit. C’est totalement anormal. 

    Mohamed Ali Saliou pourra t-il faire campagne pour Ali Bongo à la place des cadres gabonais ? La réponse est NON. Où est sa base politique ? Nulle part. Donc, le chef de l’État gagne quoi à offrir des places de choix à ce type de profil ?  Aucun marabout ou aucun fétiche ne fait gagner une élection présidentielle ou rester au pouvoir. Il n’y a vraiment aucune raison de maintenir ces gens venus d’ailleurs à ces postes stratégiques. Ali Bongo doit revenir aux fondamentaux s’il veut s’offrir une dernière chance. 

    Pour ce qui est du PDG, c’est indiscutablement la catastrophe. Il suffit d’analyser le dernier Congrès du parti pour mesurer le mal être qui y sévit. Nombreux se demandent (1) qui a organisé ce Congrès et (2) est-ce encore les mêmes qui organiseront l’élection présidentielle ? Si Oui, bonjour les dégâts. Mais surtout il n’y a aucune chance de s’en sortir. 

    Quels sont les hauts cadres du parti qui peuvent prétendre avoir participé à l’organisation de ce dernier Congrès? Pourquoi les nominations promises lors de cette foire politique ne sont toujours pas sorties des parapheurs ? Qui est le nouveau Secrétaire général du PDG ?  Quelle est sa légitimité ainsi que celle de tous ceux qui entourent aujourd’hui le distingué camarade ? 

    Quels sont les états de service de Jessy « Ella Ekogha », de Yann Ghislain Ngoulou ou de Mohamed Ali Saliou dans le parti pour jouir des places qu’ils occupent actuellement ?  Le PDG n’est-il plus un parti légitimiste ? Il ne faut plus faire ses classes pour mériter d’exister ? Sans PDG en ordre de bataille et avec une ligne directrice claire, comment Ali Bongo compte-t-il aller aux élections et les gagner ? Que le distingué camarade remette chacun à sa place. L’injustice en politique comme dans l’armée est un des plus grands facteurs de démobilisation. Que faire avec un PDG démobilisé ou en lambeaux ? 

    En voyant des frères maçons jetés en prison sans que la fraternité ne soit convoquée, on comprend qu’il y a quelque chose qui s’est perdue. Que fait-on de la chambre du milieu ? Où est le sens et le niveau de l’élévation spirituelle prônée ? En voyant des frères maçons tutoyer le chômage, la galère et les difficultés au quotidien, on peut affirmer que la franc-maçonnerie au Gabon a perdu son esprit et oublié ses objectifs. Comment voler au secours d’un frère en difficulté sur le plan politique quand la situation de nombreux frères lui est étrangère pour ne pas dire indifférente ? Ce n’est pas de ce côté qu’Ali Bongo multipliera les soutiens indéfectibles. Il faut revenir aux fondamentaux même si le temps est devenu trop court. 

    Quid de la diplomatie interne et externe du chef de l’État ? En l’espace de deux ans, de nombreux rénovateurs sont passés dans la chambre d’à côté. Que dire de la précarité dans laquelle vivait Pendy Bouyiki ? Comment Michaël Moussa a-t-il été traité avant sa disparition ? Et François Engonga Owono ? Inutile de rappeler la fin tragique et dramatique d’André Mba Obame. 

    Sur la même lancée, où sont ceux qui ont aidé Ali Bongo à prendre le pouvoir en 2009 ? Que sont devenus les cadres loyaux du premier septennat ?  Où sont et comment sont traités les grognards du président de la République? Où sont aujourd’hui les chevaliers de Ryad ? Que sont devenus les sécurocrates d’avant l’AVC du chef de l’État ? Quelle considération est accordée aux différents gardiens du temple Gabon ? Autant de questions qui amènent à penser qu’il sera difficile à certains d’offrir une fois de plus leur poitrine pour sauver le candidat Ali Bongo. 

    Que dire de la fin de certains inconditionnels comme Hervé Ndong Nguema ? Frédéric Ntera Ntoua ? Alexis Ndouna et bien d’autres ? 

    Trop de frustration dans les rangs du pouvoir. Trop de colère voire de haine du côté des adversaires déclarés ou cachés d’Ali Bongo et sa maisonnée. Trop de détermination voire de témérité chez les opposants. Trop de déception du côté des dignitaires du régime. Trop de découragement du côté des cadres proches du pouvoir. Trop d’impatience chez le peuple. Trop d’arrogance du côté du bord de mer. Trop d’impolitesse et de méchanceté du côté de la Sablière. Trop d’ingratitude et d’injustice au sommet de l’État.

    Avec toutes ces situations alarmantes constatées, il sera difficile de penser que cette élection présidentielle passera comme une lettre à la poste si le Président de la République ne mesure pas le danger qui est là. 

    Qu’en est-il des partenaires du Gabon ?  Le syndicat des chefs d’État sera-t-il une fois de plus solidaire d’Ali Bongo ? Pas évident quand on fait une rétrospective des publications déplorables, parce que injurieuses, de la presse du bord de mer qui n’a jamais pensé à ménager l’avenir. Sassou-Nguesso du Congo, on insulte. Obiang Nguema de Guinée Équatoriale, on méprise. Paul Biya du Cameroun, on ignore. Le roi du Maroc, sa Majesté, on caricature et on bombe le torse. Emmanuel Macron de la France, on défie. Or, tout ça a un coût. 

    Une seule question s’impose alors dans ces conditions : ces gens-là comptent sur quoi et sur qui pour gagner l’élection présidentielle ou pour se maintenir au pouvoir ? Il est important de rappeler que, malgré son armée en forme, Mobutu, un des chefs d’État africain les plus puissants a été chassé du pouvoir. Malgré ses armes les plus sophistiquées, Mouammar Kadhafi a été pourchassé comme un rat palmiste et chassé du pouvoir. Malgré des institutions acquises à sa cause, Laurent Gbagbo comme Blaise Compaoré ont été chassés du pouvoir. 

    C’est dire que ni les armes, ni les institutions ne donnent ou ne permettent de conserver le pouvoir. Seul le travail des hommes déterminés et organisés le permet. En s’offrant une hyper délégation du pouvoir, le président de la République a laissé ses bras armés détruire son pouvoir et réduire ses chances de séduction politique. Cinq ans encore pour être dirigé par qui ? Ali Bongo qui a besoin de repos ?  Sa maisonnée qui ne considère personne ou par la Légion étrangère qui s’enrichit avec insolence ? 

    Il est clair qu’avec ce tableau sombre, l’élection présidentielle de 2023 s’annonce très difficile. 

    Télesphore Obame Ngomo

    Président de l’OPAM

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