Télesphore Obame Ngomo : « Qui veut en finir avec Ali Bongo ? »

LE COFFRET

Dans une tribune publiée sur sa page Facebook intitulée « Le débat de Missélé eba’a », le président de l’Organisation patronale des médias Télesphore Obame Ngomo se demande qui sont les véritables ennemis du président de la République Ali Bongo Ondimba. Nous publions intégralement ladite tribune. Lecture.

« À cette question posée, nombreux pourraient très vite répondre ses opposants politiques. Mais lesquels en réalité ?

Si on s’en tient au combat et aux divergences des chapelles politiques, on accuserait ceux qui sont dans l’opposition classique ou ordinaire. 

A entendre les propos de Jean Boniface Assélé, oncle d’Ali Bongo, les ennemis du président de la République sont à rechercher dans sa propre maisonnée. De Ryad à aujourd’hui, trop d’actes posés par son entourage immédiat sont politiquement suicidaires. Les choix dits tactiques et les décisions voulues stratégiques ont pour la plupart accouché de vilaines petites souris. L’état du pays et les diverses révélations publiques font foi. 

Et si on apprécie froidement les agissements étranges de certains cadres du parti démocratique gabonais (PDG) depuis août 2016, il est clair que c’est de ce côté que le mandat du chef de l’État est sérieusement mis à prix. En même temps, ces regrettables attitudes ne sont que la conséquence d’une mauvaise redistribution des cartes politiques et autres avantages sociaux. 

La paix politique ne peut se bâtir sur l’injustice ou l’ingratitude du président de la République. Nous sommes bien au Gabon. Il y a à boire et à manger pour tout le monde. Pourquoi certains acteurs de l’opposition, après avoir combattu le candidat et les soutiens du PDG, se retrouvent mieux récompensés que ceux qui ont risqué leur vie pour le pouvoir ou pour Ali Bongo Ondimba ?  Cette situation ne peut que créer des tensions et des frustrations justifiant toutes formes de trahison ou de vengeance. 

Bien qu’il soit un octogénaire iconoclaste, c’est-à-dire un bon vivant à l’humour léger, frisant parfois le vulgaire plaisant, trait de caractère propre aux vieux omyènè distingués et aisés, on reconnaît tout de même à Jean Boniface Assélé un franc-parler acide, tranchant avec la langue de bois, hélas de plus en plus fréquente dans les arcanes du pouvoir gabonais. Il a dit « si Ali Bongo Ondimba était allé à Londres, il serait mort aujourd’hui ».

De la pratique des mallettes d’argent distribuées ça et là par Omar Bongo Ondimba, dans le but d’atteindre l’objectif qui était le sien, devenir le sage consulté et écouté d’Afrique et de certaines zones du monde, aux amitiés assumées des chefs d’État africains avec les cadres de l’opposition gabonaise, on peut dire que tout est désormais mis en place pour faire tomber le régime d’Ali Bongo Ondimba. 

En effet, sur de nombreux réseaux sociaux, on voit circuler des tracts aux allures de déclaration de guerre non ou mal assumée. Des présidents voisins y sont clairement accusés de vouloir en finir avec le pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. C’est extrêmement grave. 

Le fait que les autorités en place ne font rien de particulier pour stopper la prolifération et la circulation de ce type d’affirmations qui ne peuvent que mettre en difficulté les rapports avec les dirigeants cités donne une indication de la provenance de ces textes indigestes et dangereux. 

A ce jeu malsain, il faut dire que la récolte ou le retour de manivelle pourrait être sévère ou amer. Une élection présidentielle se joue à 50% dans le pays et à 50% à l’extérieur. Il faut en tenir compte lorsqu’on décide d’attaquer de façon bancale des chefs d’État des pays voisins. 

C’est la preuve que l’autorité de l’État tend sérieusement à foutre le camp. De ce fait, une seule et simple question s’impose : Qui pour restaurer cette autorité en décrépitude à la tête du gouvernement quand on connaît l’état de fragilité et de vulnérabilité qui accable Ali Bongo Ondimba, l’autre pan de l’exécutif ? La question est désormais posée. 

Maintenant que les échéances électorales approchent à grand pas. L’épouse du chef de l’État qu’on dit, à tort ou à raison, être le principal soutien de Rose Christiane Ossouka Raponda à la tête du gouvernement, serait-t-elle prête à assumer la situation électorale dramatique qui pointe à l’horizon ? Pas si sûr. Sinon elle compterait parmi les héroïnes de 2016.

L’état d’esprit du Gabonais en période électorale est surréaliste voire imprévisible. Les événements post-électoraux d’août 2016 en font foi. Étant parmi les témoins privilégiés desdits événements, nous sommes qualifiés pour en parler dans le détail. Ali Bongo Ondimba s’est bien retrouvé seul et très isolé. Est-ce avec Rose Christiane Ossouka Raponda à la primature que le calme ou l’accalmie régnera quand les démons du Gabon se lèveront ? 

Il faut bien que certains comprennent que cette élection présidentielle est particulière et la plus explosive. André Mba Obame aurait répété « toutes les hypothèses sont plus que jamais sur la table ». Et c’est vrai. Surtout si les alliances extérieures dénoncées ou citées sont avérées. 

Pour certains, on amorce le dernier virage politique. Pour d’autres, trop d’enjeux multiformes sont en jeu. Ce sera la philosophie « soit ça passe. Soit ça casse ». Les erreurs stratégiques depuis Paul Mba Abessolo à Jean Ping en passant par Pierre Mamboundou Mamboundou et André Mba Obame ont servi aux présents acteurs de l’opposition. Il convient alors de faire très attention. 

Dans son état physique et psychologique fragilisé, Ali Bongo Ondimba pourra-t-il faire une campagne dynamique face à des profils comme ceux de Guy Nzouba Ndama, Barro Chambrier ou Paulette Missambo pour ne citer que ces fauves reconnus de la vie politique de notre pays ? 

Ils ont l’intelligence, la connaissance du système en place, les liens avec les acteurs de la majorité et des institutions, des moyens financiers non négligeables, des amitiés extérieures appréciables. Quand à contrario, l’adhésion au Commonwealth à froisser des liens séculaires. Le rapprochement avec la Russie a agacé bien des puissances. De nombreux cadres du pays sont en exil, d’autres en prison et trop sont assis à la maison, bien que diplômés ou qualifiés. Tout semble menacer la quiétude de la conservation du pouvoir. 

Rien que sur le plan ethnique, l’élection présidentielle sent déjà mauvais. Nous sommes au Gabon et il convient de faire la politique en tenant compte de ses réalités.

En 2009, en sollicitant les voix des électeurs de Bitam en faveur d’Ali Bongo Ondimba, un homme âgé répondit à René Ndemezo’Obiang « nous n’allons pas donner le parapluie à l’enfant d’autrui et laisser le nôtre (Mba Obame André) sous la pluie ». Tout était dit. 

Si Ali Bongo Ondimba avait pu recueillir autant de voix dans le Haut-Ogooué, c’est bien parce qu’il est le fils du coin. Donc il ne serait pas surprenant que Barro Chambrier fasse le plein des voix en pays omyènè comme Ping en 2016. Que Nzouba Ndama cartonne en pays dzebi et apparentés. Que Paulette Missambo séduise encore les fang dont elle est la digne femme, en hommage à Casimir Oyé Mba, ce géant fang. 

De cette lecture froide, quel est alors le bénéfice du maintien de Rose Christiane Ossouka Raponda à la Primature ? Elle ne peut présenter aucun bilan pour ce qui est des actes concrets. Sur le plan politique, on ne lui reconnaît aucun fief. Le maniement de la langue n’est pas son fort. On est loin de l’éloquence de Paulette Missambo ou même d’Angélique Ngoma. Voici un personnage politique complètement préfabriqué. Au mieux, on dira pousse-pousse, au pire par décret. Où veut-on aller avec ce Premier ministre ectoplasme ? 

Que l’épouse d’Ali Bongo comprenne que là il n’est pas question d’émotion ou de dévotion. La réalité de la politique impose une certaine froideur et une grande rigueur dans les décisions à prendre. Rose Christiane Ossouka Raponda a peut-être correspondu à une période pour des missions inavouables. Maintenant sa présence devient un danger pour le pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. Il est bon de le savoir dès maintenant. Après, personne ne trouvera d’excuses. Le droit d’inventaire, il faut s’y préparer. Les Dos Santos en savent quelque chose. 

Actuellement, il y a deux équations rapides à résoudre avant le début de l’année. Comment prendre des voix en pays fang et en pays dzebi. Omar Bongo l’avait compris. Maintenir les fondamentaux tant que le contexte politico-social demeure inchangé. Il faut ramener la primature en pays fang et comprendre que Nzouba et Missambo ont désormais le champ libre en pays dzebi. 

Le nouveau secrétaire général du PDG ne symbolise rien du tout. Il n’a ni le réseau, ni l’étouffe, ni la masse ethnique nécessaire pour ce type de challenge. La bataille électorale n’est pas faite pour les enfants de chœur. Attention à l’apprendre à ses dépens. 

Ne pas agir vite et maintenant, c’est-à-dire neuf mois avant l’élection présidentielle, c’est avoir pris la décision publique d’en découdre définitivement avec Ali Bongo Ondimba après l’accident vasculaire cérébral causé de Ryad qui a failli lui coûter la vie. 

On ne peut avoir un exécutif aussi faible et espérer conserver un pouvoir aux ennemis de plus en plus nombreux. Tout désormais est compté, y compris les jours du pouvoir d’Ali Bongo Ondimba. » 

Par Télesphore Obame Ngomo

Président de l’OPAM

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