Le Billet sarcastique : un pays renversé

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour traite du délitement de nos valeurs morales et du nouveau référentiel qui semble s’établir subrepticement au Gabon. Lecture en dix points.

1. Quelle tristesse de voir qu’il y a désormais dans ce pays tant de vertus qui sont snobées et passent inaperçues dans le nouveau référentiel moral qui s’est établi depuis que les valeurs ont été inversées. Tant de modèles construits sur les valeurs du déshonneur, qu’on a fini par avoir du mépris pour ceux qui défendent quelques principes honorables. 

2. Ce pays a fini de déconstruire puis de renverser toutes les valeurs qui lui donnaient autrefois une âme, pour élever en leur lieu et place, toutes ces autres nouvelles caractéristiques, ces nouveaux comportements qui le revêtent d’un horrible et détestable habit. 

3. Qui est encore exemplaire et irréprochable dans ce pays ? Un enseignant ? Un médecin ? Un infirmier ? Un étudiant..? Qui n’a jamais pris une part active ou même passive à la déliquescence de notre système de valeurs et à l’identité morale qu’elle conférait à notre société d’antan? Il n’y a assurément plus personne. 

4. Car tout le monde triche, tout le monde ment, tout le monde vole… Tout le monde ou presque contribue à sa façon à rapétisser le pays, à affaiblir la république et à fissurer la nation. Chacun arrache ainsi sa part de dignité, d’intégrité et de fierté à ce pays ratatiné et rabougri. En famille, au travail ou en société, on manque tous à notre devoir d’exemplarité. 

5. En famille, on a remplacé l’éducation de base de nos enfants par leur corruption grâce à la satisfaction incontrôlée de leurs désirs matériels. Au travail, on a troqué l’éthique personnelle et la déontologie administrative contre le larbinisme, le favoritisme et le clientélisme, seuls critères désormais exigibles pour une carrière prometteuse. 

6. En société, on a renoncé à la morale publique, aux bonnes mœurs pour promouvoir ces antivaleurs qui sont érigées en baromètres d’une vie réussie. Détournements de deniers publics; accaparement et accumulation de biens communs; corruption systématique et systémique; endoctrinement et assujettissement des esprits par la puissance financière et matérielle.. 

7. Les hauts fonctionnaires sont les seuls nababs gabonais qui font rêver une jeunesse gabonaise qui n’aspire qu’à des fonctions nominatives dans l’administration publique pour s’enrichir à son tour. Aucun agriculteur, aucun industriel, aucun commerçant, aucun travailleur gabonais honnête, n’est assez prospère pour inspirer cette jeunesse à mal de repères et de référentiels. 

8. Les référents moraux, chefs coutumiers, hommes d’église et les obédiences et leurs clientèles, sont devenus des escrocs notoires qui tondent la laine sur le dos de leurs fidèles et adeptes, ces ouailles issues du petit peuple. Ces gourous spirituels opèrent dans l’indifférence du gouvernement et de ses institutions fantoches, qui les laissent prospérer dans l’espoir qu’en des temps troubles, ils leur renverront l’ascenseur. 

9. Les familles, par le renoncement et la démission de la cellule familiale, qui servaient autrefois de rempart à ces antivaleurs, y ont adhéré aussi au point qu’il n’est plus rare de voir des pères et des mères envoyer leur progéniture se prostituer de mille façons, pour ramener à la maison un peu de bien-être, parfois au péril de leur vie. 

10. Les politiciens, animateurs de la vie publique, sont les inspirateurs de cette nouvelle échelle des valeurs. Sans scrupules, ils usent en tout temps et en tout lieu, de malice et de duplicité pour rouler dans la farine ceux qui ont encore le malheur de leur faire confiance. Résultat des courses, nous vivons comme des bêtes, sans aucun code moral, sans valeurs et sans honneur, dans ce pays renversé. 

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur

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