Gabon : en déficit d’enseignants et privilégiant les forces de défense, comment l’exécutif compte-t-il «renforcer son capital humain» ?

LE COFFRET

Ferdinand DEMBA
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Passionné de lettres et désormais de chiffres, Ferdinand DEMBA est le directeur de publication d’Inside News241. Journaliste de métier et de convictions, lui et son équipe sont au service d’une information objective, d’utilité publique et au service de la vérité.

Secteurs prioritaires de l’Etat, la santé et l’éducation semblent pourtant loin d’être les priorités de l’exécutif. Au contraire de la défense nationale qui chaque année engloutit en moyenne, plus de 142 milliards de fcfa en terme de masse salariale pour plus de 22000 agents, ces deux secteurs restent globalement marginalisés. Pour preuve, sur près de 9000 enseignants en attente d’intégration depuis plusieurs années, seuls 3407 viennent d’être intégrés dans l’administration pour près de 5500 toujours en attente. Un chiffre qui devrait porter à un peu plus de 30000, le nombre d’agents à la fois de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique, de la formation et de l’éducation nationale. 

S’il dispose du « potentiel de promouvoir de nouveaux secteurs dans l’économie verte afin d’alimenter une croissance durable, résiliente et inclusive qui profitera à la population gabonaise dans les années à venir », comme vient de le souligner la Banque mondiale dans son récent mémorandum, le Gabon a néanmoins un certain nombre de pré-requis à mettre sous son actif. Parmi eux, le développement d’un capital humain, capable de porter les aspirations d’émergence à l’horizon 2025. Un capital humain qui pour l’heure reste mis de côté du fait d’une absence de politique publique visant à promouvoir à la fois « l’éducation et la formation technique et professionnelle dès les premières années du cursus scolaire », ainsi que le révèle ledit mémorandum. 

LIRE AUSSI : Gabon : seulement 3407 nouveaux enseignants intégrés dans l’administration sur près de 9000 en attente 

En effet, loin d’être optimal que ce soit en termes de structures, d’infrastructures ou encore de programmes, le système éducatif gabonais peine à répondre aux exigences d’un pays prédisposé à être un leader dans la sous-région. Faute d’un alignement du système éducatif sur les opportunités d’emploi réelles notamment et à une inadéquation des compétences, les jeunes qui représentent plus de 70% de la population sont laissés pour compte. Privés d’un niveau d’enseignants qualitativement suffisants et très souvent en attente d’intégration comme en témoignent les 5491 personnels de l’éducation toujours en marge, ces jeunes ne disposent plus d’une transmission de connaissances optimale. 

Loin de permettre de « renforcer le capital humain par la promotion de l’éducation et de la formation technique et professionnelle dès les premières années du cursus scolaire », comme le nécessite la situation actuelle, cette faiblesse du volume des enseignants a donc un lien inéluctable avec le niveau actuel du système éducatif. Si l’on y ajoute la faiblesse infrastructurelle symbolisée par des classes bondées qui selon l’aveu du chef de l’Etat lui-même, il y a quelques années, ressemblent à des « porcheries », l’on obtient un cocktail explosif ne permettant pas de tirer le pays vers le haut. 

« Ralentissant la croissance gabonaise, le manque de capital humain couplé à l’absence de promotion de l’éducation et de la formation professionnelles et techniques ainsi que l’absence de réformes pour mieux aligner le système éducatif avec les opportunités d’emploi », comme évoqué par la Banque mondiale, peine donc à contribuer positivement à réduire les déséquilibres entre les offres et les aspirations de la jeunesse et de l’ensemble de la population.

Vivement donc que l’exécutif qui engage chaque année plus de 142 milliards de fcfa en masse salariale pour les personnels de défense, réajuste sa stratégie en misant sur « des politiques et des réformes à l’appui d’une croissance plus verte et inclusive, en investissant dans le développement du capital humain – par l’amélioration du système d’éducation nationale, la promotion de qualifications et de compétences alignées sur le marché du travail ».

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