Gabon : le statut de «prestataire», une faille dont profitent allègrement certaines entreprises à l’image d’Ogar 

LE COFFRET

Défini par le code du travail comme celui ou celle « qui propose des services en contrepartie d’une rémunération, dans le cadre d’un travail indépendant », le prestataire de service jouit pourtant d’un tout autre statut au sein de certaines structures gabonaises. En dehors des secteurs industriels où la première définition est largement acceptée, dans bien des cas cette appelation est dévolue à des employés à qui on refuse un statut bien plus en phase avec la réglementation en vigueur. 

Possédant l’un des taux de chômage chez les jeunes les plus élevés d’Afrique subsaharienne (36%), le Gabon et ses 64 077 demandeurs d’emplois enregistrés entre 2016 et 2020 soit une moyenne de 13000 demandeurs par an, selon les données du Pôle national de promotion de l’emploi (ancien Office national de l’emploi), est l’un des pays où cette problématique nécessite un regard approfondi. Entre un code du travail « à la solde des employeurs » et les nombreux subterfuges dont usent ces derniers, afin de limiter le niveau d’employabilité à l’image du statut de « prestataire », la situation tend à s’aggraver. 

En effet, peu enclines à offrir aux jeunes pourtant diplômés, des contrats de travail leur permettant de s’inscrire durablement dans cet univers, certaines structures n’hésitent plus à proposer à ces derniers souvent au bout du rouleau, des contrats qui n’existent même pas dans le code du travail gabonais à l’image donc de ce contrat de « prestation ». Offrant à l’employé la possibilité de travailler dans une structure avec, dans les faits, les mêmes tâches voire même souvent plus qu’un employé « normal » mais avec un revenu moindre, ce statut particulier interroge donc sur son caractère légal. 

Très répandu dans certaines « grosses boîtes » du pays opérant dans le secteur tertiaire à l’exemple du leader du marché des assurances VIE en 2020, Ogar, qui selon notre enquête auprès d’anciens employés, use et abuse de ce subterfuge afin de payer des salaires inférieurs à la norme, ce statut qui n’existe que de nom, devrait interpeller à la fois l’exécutif et le législateur sur ces pratiques qui ont cours depuis plusieurs années. Des pratiques qui limitent les possibilités d’emploi à moyen et long terme, notamment chez les jeunes. Partant du principe qu’il peut être rompu unilatéralement, ce contrat « illégal » favorise donc une plus grande précarité de l’emploi. 

Quand on sait que l’exécutif peine à aller au bout de ces ambitions notamment en ce qui concerne l’aspect social avec une allocation chômage toujours en attente et, un salaire minimum qui n’est toujours pas revu à la hausse malgré un niveau d’inflation qui ne cesse de galoper, le moindre mal serait de pousser les entreprises à respecter scrupuleusement la loi et surtout le code du travail. Un code qui, taillé sur mesure, semble déjà les protéger de bien des embûches. 

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