Le Billet sarcastique : c’est la République tout entière qu’il faut dissoudre

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour interpelle les Gabonais sur les effets d’annonce du gouvernement et ses répercussions sur la vie de la cité. Notre chroniqueur revient sur la dissolution du ministère des Travaux publics le 12 septembre 2022. Lecture en dix points.

1. Dans le registre des décisions gouvernementales inattendues, on n’était jamais allé aussi loin que ce que vient de faire notre pays. Cette République atypique qui se revendique de l’état de droit, vient de dissoudre purement et simplement le ministère des Travaux publics, au prétexte de son incapacité à exécuter ses missions et à mécontenter les Gabonais. 

2. On pensait jusqu’alors que le sort réservé aux ministres incompétents de tout gouvernement, était d’être relevés de leurs fonctions. On n’avait jamais imaginé une décision aussi expéditive que punitive, qui consiste en la dissolution d’un ministère parmi les plus importants d’un pays qui plus est en voie de développement, par le fait de quelques individus. On est en matière de sanction administrative, dans une dimension totalement inconnue et nous voguons donc en pleine découverte.

3. Notre pays entre ainsi dans le cercle inaugural des gouvernements résolument engagés sur la voie de l’implémentation d’une approche expérimentale de l’administration centrale, dans laquelle les théories les plus farfelues sont convoquées. N’étant plus à une innovation près dans ce pays, il faudra désormais s’attendre à tous les fantasmes et exotismes, tant la république semble s’être définitivement égarée dans ce voile brumeux qui s’enracine au sommet de l’État. 

4. Le malaise que renferme cette dissolution malsaine parce qu’elle dissimule mal la vraie raison qui la commande, est cette maladresse de trop qui a consisté à faire lire à la Première Ministre elle-même, l’aveu d’échec de son gouvernement, démontrant au passage son incapacité à imposer son autorité. Dans un état respectueux des formes et des règles, cet aveu d’échec n’aurait eu pour conséquence que la seule démission qui vaille: celle du Chef du gouvernement.

5. Mais au Gabon, « l’honneur est une denrée à la portée de fort peu de bourses« , dixit Jean Dutourd. Il n’est donc pas étonnant que la cheffe du gouvernement n’aie pas saisi qu’à travers la mise au pilori de la tête de son ministre qu’on lui réclamait, elle était par la même occasion priée de se faire hara-kiri. Car le reversement des services et des personnels du ministère dissous dans ses propres services, sont un traquenard dans lequel elle tombera fatalement.

6. Il lui faudra bien plus que de la chance pour que les personnels des TP dilués dans la Primature, produisent plus de résultats que lorsqu’ils étaient souverains. Leur dilution sera légitimement perçue par ces agents comme un acte d’humiliation qu’ils ne laisseront certainement pas passer comme une lettre à la poste. Il est bien dommage que les erreurs du passé ne servent jamais dans ce pays à éclairer l’avenir.

7. A-t-on oublié qu’en 2011, pour les mêmes raisons et dans les mêmes formes, une décision quasi identique avait déja été prise contre le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme ? La conséquence avait été la création de l’ANUTTC avec les effets qu’on lui connaît encore a ce jour. Peut-on pour autant affirmer être mieux lotis aujourd’hui en matière d’habitat et d’urbanisme, pour reproduire 11 ans plus tard, le même schéma dans un domaine hautement régalien de l’État ? Chacun y répondra en son âme et conscience.

8. Mais quoiqu’on en pense, les gabonais ont de plus en plus la conviction et le déplaisant sentiment que ces décisions prises à l’emporte pièce par cette nébuleuse, ne relèvent pas plus d’une bonne intention qu’elles n’obéissent à une logique de performance recherchée et maîtrisée. Elles participent d’une regrettable propension à gouverner par un recours excessif à une politique spectacle ou la recherche du sensationnel l’emporte sur l’exigence rationnelle. 

9. Cette politique fondée sur les effets d’annonce est dangereuse à plusieurs égards. Les raisons égrenées par la PM pour justifier les mesures prises hier, ne convainquent pas plus qu’elles ne rassurent. Si l’éviction sans façon d’un bouc émissaire, assortie de cadeaux inattendus faits aux gouverneurs plutôt qu’aux communes, sont une excellente parade pour faire diversion sur les vrais sujets, ils ont le mérite de révéler aux gabonais que les ressources financières existent pour résoudre justement leurs vrais problèmes.

10. Et leurs vrais problèmes sont cet échec global des politiques publiques. Si l’on devait virer les ministres pour leur absence de performance, l’intégralité des membres de ce gouvernement rendrait le tablier et ce gouvernement  tomberait. Mais en vérité, ni un nouveau gouvernement ni un gouvernement nouveau ne suffiraient à sortir ce pays des abysses dans lesquelles on l’a précipité. Si l’on veut rebâtir durablement, ce n’est pas un ministère, c’est la république tout entière qu’il faut dissoudre.

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur

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