Le Billet sarcastique : encore plus large et plus écarlate devra être la concertation  

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour analyse la concertation souhaitée par Paulette Missambo au sein de l’opposition pour la présidentielle de 2023. Lecture en dix points.

1. « L’avènement de Paulette Missambo (PM) à la tête de l’UN (Union nationale) est un clin d’œil du destin à la décennie de la femme, afin que les femmes ne soient plus confinées aux rôles de faire-valoirs auxquels les assigne depuis toujours notre société matchiste. PM elle-même devrait avoir à cœur de devenir dans les prochains mois, la Marianne de la politique gabonaise« . 

2. C’est ce que j’écrivais dans mon billet sarcastique du 14/11/21, et je me réjouis qu’elle m’ait entendu. PM vient de s’illustrer par un leadership politique appréciable, en lançant un appel à la concertation de l’opposition gabonaise, en perspective aux élections à venir. Si cette actualité a paru anodine pour ceux qui ne savent pas lire les faits d’histoire, elle n’en demeure pas moins d’une portée politique majeure qui pourrait faire date.

3. Si l’on en juge par le contenu de son discours circonstanciel, PM veut faire plus que réunir simplement l’opposition, elle veut lui (re)donner une âme et la doter d’un cap. Il faut déjà se féliciter que son appel a été entendu par la quasi-totalité de la nouvelle opposition gabonaise dont on peut désormais, à la faveur de cette rencontre, esquisser les contours de son portrait robot et psychologique. 

4. Près de 50 partis réunis m’a-t-on dit, auxquels il faut ajouter les acteurs de la société civile, ce n’est pas rien. Et c’est presqu’un évènement, tant on n’avait pas vu depuis 2016, un tel rassemblement des troupes de l’opposition. À la tête de ces oppositions encore diffuses, la présence de leaders politiques déjà affirmés et aguerris, est à saluer et présage de débats à la hauteur des enjeux et de leurs ambitions. 

5. C’est le cas de Paulette Missambo et l’UN, Alexandre Barro Chambrier (ABC) et le RPM (Rassemblement pour la Patrie et la Modernité), Pierre Claver Maganga Moussavou et le Parti social démocrate (PSD), Louis Gaston Mayila et le PUP, Guy Nzouba-Ndama et Les Démocrates, François Ndong Obiang et RÉAGIR et Richard Moulomba Mombo et l’ARENA… J’en ai certainement oublié beaucoup d’autres présents. Mais ils reconnaîtront que leur visibilité est sans doute proportionnelle à leur immobilité.

6. Une fois passée, cette première euphorie laisse, avec du recul, la place à des regrets légitimes qu’on peut fonder dans l’absence d’un certain nombre de figures emblématiques de la lutte politique. Je n’ai pas vu dans cette salle Raymond Ndong Sima dont l’expertise politique ne peut être marginalisée. Je n’ai pas vu Mike Jocktane dont la stature morale ne peut être snobée.

7. Je n’ai pas vu Edmond Okemvele dont l’avis technique au plan constitutionnel est pertinent. Je n’ai pas vu Jacques Adiahenot dont l’expérience serait utile. Je n’ai pas vu Privat Ngomo dont l’encrage panafricaniste est une ouverture… Mais surtout, au-delà de ces partis et de ces acteurs politiques divers, je n’ai pas vu Paul Mba Abessole, Vincent Essono Mengue, Pierre André Kombila et d’autres dont la sagesse n’aurait pas été un luxe.

8. Et que dire des autres forces vives de la société dont l’absence à été vivement remarquée ? Les centrales syndicales, les congrégations religieuses, les mouvements de jeunesse, les activistes et lanceurs d’alerte et leaders d’opinion… n’auraient-ils pas pu contribuer à cette concertation dont l’objectif, en définitive, n’est-il pas de proposer une alternative crédible pour une gouvernance meilleure ?

9. Je veux croire que des invitations leur ont été envoyées. Mais si ça n’a pas été le cas, il faut vite rectifier le tir. La concertation de l’opposition gabonaise ne doit pas se cantonner à son aile exclusivement politique. Si elle veut être une coalition populaire, elle doit être une large concertation de toutes les énergies qui aspirent au changement. Parce que « les forces du changement » transcendent aujourd’hui les seuls partis politiques.

10. Sinon, elle ne fera pas long feu. D’ailleurs, la présence à ces assises de personnalités réputées pour leur instabilité politique, suffit déjà à douter de leur viabilité. Pour dissiper ce doute légitime, il faut que le politique soit renforcé et renouvelé par des énergies nouvelles. Encore plus large et plus écarlate devra être cette concertation si elle veut devenir l’éventail qui fera souffler le vent de l’alternance.

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur 

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