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    Mouila : festival culturel de la Ngounié, entre espoir et crainte pour l’avenir

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    Ferdinand DEMBA
    Ferdinand DEMBAhttp://www.insidenews241.com
    Passionné de lettres et désormais de chiffres, FD est le directeur de publication d’Inside News241. Journaliste de métier et de convictions, lui et son équipe sont au service d’une information objective, d’utilité publique et au service de la vérité.

    La capitale provinciale de la Ngounié a été le théâtre d’une manifestation d’envergure pour notre identité. Du 22 au 24 décembre dernier, Mouila a accueilli le Festival culturel de la Ngounié organisé par l’association Ngienu, en collaboration avec la direction provinciale de la Culture et l’association Kinda Membet. Objectif principal, faire revivre la culture gabonaise dans la province et la placer au cœur des préoccupations de la jeunesse dans la recherche de son identité.

    « Quand une culture est niée dans ce qu’elle peut apporter à l’universel, la violence n’est jamais très loin. » Cette citation de l’ancien président français Jacques Chirac, lors du lancement de la Fondation Chirac le 9 juin 2008, est un avertissement qui doit interpeller chacun d’entre nous. Car la perte des repères du Gabonais peut être à l’origine du désastre que connaît notre pays depuis des décennies sur les plans socio-politiques et économiques. Une aliénation culturelle au sommet de l’Etat qui a entraîné une dépravation des mœurs dans le pays tout entier.

    Pour l’association Ngienu pour un retour dans nos villages respectifs, il n’y a aucun doute. La perte de nos valeurs nous a éloigné de notre humanité et nous a fait perdre notre identité culturelle. C’est donc pour une reconnexion avec notre être intérieur et nos ancêtres que l’association organise des festivals culturels. “Nous faisons des festivals culturels afin que nos enfants s’imprègnent de nos valeurs culturelles. La culture, c’est notre identité. Qu’on n’ait pas honte de notre culture car elle est constituée d’un patrimoine riche de principes de vie”, a déclaré Dieudonné Koumba Mboula, président de l’association Ngienu.

    Il faut dire que ce besoin du  retour aux sources est une urgence à l’heure où le déclin de l’Occident est amorcé. La bénédiction du mariage pour tous par le pape François le 18 décembre dernier boucle la boucle dans cette course effrénée des Occidentaux à imposer leur culture déclinante au reste du monde. « Il faut comprendre que l’Occident est en déclin. Tout ce qu’ils font va favoriser leur déclin. En réponse à un journaliste de TV5 qui me demandait en off ce que je pensais de l’homosexualité, je lui ai répondu que je n’étais pas folle. Parce qu’au sortir de l’esclavage, un grand continent comme l’Afrique de plus de 30 millions de km² avec 150 millions d’habitants, quelques siècles après nous voilà à 1,4 milliard d’habitants, soit 18% de la population mondiale. Je ne sais pas si vous voyez le ratio pour que moi je vienne vous retrouver là où vous êtes en déclin. Jamais un Africain ne l’accepterait », a confié la traditionaliste Benga Bengone en marge du festival culturel de la Ngounié.

    Nous n’oublions pas que les Africains, à travers l’esclavage et la colonisation, ont subi une tentative de génocide culturel sans précédent.  « Ainsi l’impérialisme […] tue d’abord spirituellement et culturellement l’être, avant de chercher à l’éliminer physiquement. La négation de l’Histoire et des réalisations intellectuelles des peuples africains noirs est le meurtre culturel, mental, qui a déjà précédé et préparé le génocide ici et là dans le monde », rappelait l’historien et anthropologue Cheikh Anta Diop.

    Pour la traditionnaliste et présidente de l’Identité culturelle pour la renaissance africaine (ICRA), Benga Bengone, la jeunesse gabonaise n’a pas à copier la culture occidentale, car elle est en déclin. C’est le cas par exemple des artistes chanteurs qui se sentent obligés d’aborder des thèmes peu reluisants dans leurs chansons sans véritable valeur ajoutée pour la société gabonaise. Un chanteur est un historien, un psychologue, un anthropologue, un médecin… C’est un agent de publicité pour sa culture.

    D’ailleurs, les artistes qui focalisent leur musique sur le sexe et le bruit ne font pas long feu au Gabon. Leur musique ne s’inscrit jamais dans la durée et l’espace. Car nos ancêtres ne l’acceptent pas. Tandis que les artistes qui ont choisi de servir leur culture, leur identité, sont toujours écoutés plusieurs décennies plus tard et au-delà de nos frontières. C’est le cas de Vyckos Ekondo, Pierre Claver Zeng, Pierre Claver Akendengue, Annie-Flore Batchiellilys, Oliver Ngoma, Lord Ekomy Ndong, pour ne citer que ceux-là.

    Cependant, l’absence de soutien et de participation des autorités locales, notamment la mairie de Mouila et ses arrondissements est un signal inquiétant pour le Gabon de la transition. En effet, les nouvelles autorités du pays en tête desquelles le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema souhaitent restaurer les institutions et les valeurs de notre société. Une restauration qui passe nécessairement par un retour aux sources, à travers le respect de nos ancêtres, de nos us et coutumes, des autorités et des lois.

    Le directeur provincial de la culture de la Ngounié a salué cette initiative à laquelle son département a été associé. Un honneur partagé par l’ensemble de son équipe qui a activement participé à l’organisation de cet évènement culturel. Il a par ailleurs tenu à tirer la sonnette d’alarme sur l’implication des autorités locales dans ce genre d’activités.

    « Je suis très honoré d’avoir abrité la 4ème édition du Festival culturel de la Ngounié. Nous disons merci à l’association Ngienu. Je voudrais lancer un appel aux autorités de la province. Ce genre d’initiative mérite d’être soutenue. Aux autorités gouvernementales, je voudrais dire que la restauration des institutions passera inéluctablement par une restauration de nos valeurs, de notre identité culturelle », a affirmé Biyo’o Asseko, directeur provincial de la culture.

    Le festival culturel de la Ngounié a également connu la participation de Chris Oyam, Duc Moukounagui, Ferdinand Demba de l’association Kinda Membet, Marcelin Nganga, Santo Bakita, Christian Mombo, Jean Pierre Moussavou Moussodu et le maître Ditsoukila Koumba.  Vivement que la prochaine édition connaisse un engouement plus important et une implication de l’ensemble des acteurs culturels de la province d’accueil.

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