samedi, juin 22, 2024
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    Quatrième chronique du règne du roi Brice 1er, Grand Sauveur de la Nation devant l’éternel

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    Dans cette quatrième chronique du « règne de Brice 1er », Janis Otsiémi, romancier plusieurs fois primé à l’international, décrypte le jeu du pouvoir auquel se livre le « roi ». L’auteur de plusieurs lettres ouvertes, publiées exclusivement sur Inside News241 dès octobre 2022, exhortant Ali Bongo Ondimba le déchu de ne pas se présenter pour un troisième mandat, met le doigt sur la prise de contrôle du jeu politique par le président de la Transition, le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema. Lecture. 

    Pour s’enfler le plumage sous le vernis d’une concertation ouverte à toutes les forces vives du royaume, Notre Madrée Majesté continua à implanter malicieusement sa politique visant à garder en laisse et en muselière tous les opposants de l’ancien régime ainsi que les barons du parti royal en déconfiture qui lui avaient donné des bons gages en les associant au processus de restauration des institutions. 

    Barro Chambrier, le résistant silencieux ?

    Notre Vaillant Souverain reçut en audience au palais royal du bord de mer les anciens prétendants à l’élection au trône. Seuls manquèrent sur la photo de famille le révérend Mike Jocktane et le sieur Thérence Gnembou Moutsona écroués à la prison centrale d’Oyem. Au menu principal de leurs discussions avec Notre Généreuse Majesté, le remboursement de la caution de dix millions de francs versées et les frais liées à leur campagne électorale mais aussi le sort du révérend Mike Jocktane et le sieur Thérence Gnembou Moutsona dont M. Barro plaida la maladresse.  A la fin de l’audience collective, Sa majesté reçut en aparté durant une heure Albert-Sans-Terre. Nous imaginâmes que la missive envoyée par Albert-Sans-terre aux autorités du royaume de Guinée Equatoriale où Notre Majesté s’était rendue quelques jours fut au menu de leurs échanges. D’ailleurs, au sortir de l’audience, M. Albert-Sans-Terre donna l’impression d’être entré dans le rang.

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    De tous les anciens prétendants au trône, M. Barro fut sans nul doute le personnage qui faisait perdre le sommeil à Notre Majesté. Il faisait de la résistance sans en avoir l’air en entretenant avec Notre Majesté une certaine rivalité courtoise. A 65 ans, il estimait en son for intérieur avoir toutes les chances d’accéder au trône à la fin de la transition. Arrière-petit-fils du roi Denis Rapontchombo qui régna sur la presqu’ile de l’estuaire de 1780 à 1876, fils d’un célèbre médecin pédiatre et homme politique sous le roi Bongo, M. Hugues Alexandre Barro Chambrier naquit le 25 août 1958 dans une famille nombreuse à Paris, au royaume de France où il fit l’essentiel de ses études universitaires. Economiste, ancien élève de Raymond Barre à l’université Paris-Dauphine, Premier ministre du roi Giscard d’Estaing, M. Barro professa d’abord l’économie à l’université royale de Libreville. Il devint ensuite conseiller du Premier ministre M. Casimir Oyé Mba en 1994 avant d’intégrer le Fonds monétaire international à Washington où il fit la connaissance de M. Alassane Dramane Ouattara, actuel roi du royaume de Côte-d’Ivoire. 

    A son retour au royaume, le roi Bongo le fit plusieurs fois ministre délégué dans plusieurs gouvernements. Sous le roi Ali 1er, il rempota aux mines et pétrole jusqu’en 2012 quand M. Ndong Sima fut nommé Premier ministre. Membre du parti royal, il créa en 2015, Héritage et Modernité, un courant qui réclama une refondation du parti royal dont il était membre depuis plusieurs années. La trouvaille agaça le roi Ali 1er qui le somma de rentrer dans les rangs. Le renégat fit la sourde oreille. Il fut exclu du parti royal. M. Barro rejoignit les bancs de l’opposition avec une petite équipée. A l’élection du trône de 2016, il songea à se présenter mais ravala ses ambitions en se rangeant derrière la candidature de M. Jean Ping qui fut battu par le roi Ali 1er. En 2023, il se lança dans la course au trône avant de se raviser et de soutenir la candidature d’Albert-Sans-Terre. 

    A y regarder de près, le parcours de M. Barro ressemblait à celui d’un culbuto. Etourdi, il vacillait mais il savait se relever. Il avait une adaptabilité à toutes épreuves. A ses interlocuteurs, il aimait répéter comme une ritournelle apprise par coeur : « Il faut se hâter lentement ». Il ciselait ses propos et choisissait ses mots avec précaution comme s’il tentait de mieux imprégner ses interlocuteurs de son discours. Il n’était jamais pédant et n’étalait point sa culture. Il pouvait passablement se montrer arrogant, suffisant. Mais dans ses réquisitoires les plus sanglants contre le roi déchu et son régime, il mettait un peu d’œcuménisme. Son élégance instinctive, sa belle mécanique intellectuelle, son éloquence inflexible, sa formidable capacité de travail humiliaient parfois ses concurrents et rivaux.

    A force de vouloir contenter tout le monde…

    Notre Marathonienne Majesté poursuivit son travail de sape avec les responsables des institutions dissoutes qu’il reçut au Palais royal parmi lesquels MMe Marie-Madeleine Mborantsouo, ancienne présidente de la cour constitutionnelle, Milebou-Aubusson, ancien président de la chambre des sénateurs, Rose Christiane Ossouka Raponda, ancienne vice-présidente de la République et MM. Alain-Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre, Faustin Boukoubi, ancien président de la chambre des députés, Julien Nkoghé Bekalé, ancien président du conseil économique, social et environnemental. Il promit de les associer à la restauration des institutions royales.

    Notre Habile Majesté était un machiavélien abouti du haut de ses quarante-huit ans d’âge. Il trompait sans fard, mentait avec vergogne, habité par un talent inné de grimacier, une habilité inouïe de fourbe. Au fil des jours, il s’enfermait dans une vision gestionnaire, technocratique et surtout mosaïque dans laquelle chaque catégorie sociale, chaque corps intermédiaire, chaque coterie politique était visée comme s’il voulait naviguer dans un univers paisible, un lac intérieur que rien ne viendrait troubler. Mais cette stratégie avait des fâcheuses conséquences car à force de vouloir contenter tout le monde, on finit par fâcher tout le monde.

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    Notre Magnifique Majesté convoqua son second conseil des ministres duquel il n’en sortit aucune mesure sociale en faveur des citoyens. La lecture du compte-rendu révéla une batterie de décrets facilitant l’intégration des officiers supérieurs et agents des forces de défense et de sécurité dans les administrations publiques. A l’euphorie dès les premières heures du coup d’état s’était substituée une gueule de bois. Les nominations à la tête des directions des administrations publiques furent diversement appréciées par les citoyens du royaume.  La réhabilitation de certains membres de l’ancien parti royal en déconfiture ou de leurs rejetons au sein des cabinets royaux et ministériels ou des administrations publiques fit couler beaucoup d’encre et de salive. Une internaute sur facebook fit part de sa déception : « Le président de la transition doit revoir la façon dont les gens sont choisis. Nous aurions voulu une rupture totale avec l’ancien régime ».  Notre Majesté supprima le corps de conseiller politique dans lequel le prince royal déchu Nourredin avait casé ses amis et connaissances. 

    Du sort de l’ex-impératrice Sylvia

    Le procureur du roi, M. André Patrick Roponat, annonça la présentation de l’ex-impératrice Sylvia devant un juge d’instruction devant lequel elle fut inculpée pour blanchissement des capitaux, recel, faux et usage de faux puis elle fut assignée en résidence surveillée. On se rappela que  les proches de Notre Marie-Antoinette avaient recruté un conseil représenté par Mes François Zimeray et Jessica Finelle qui avaient porté plainte en France pour disparition forcée et séquestration. Ils estimèrent que la nationalité française de l’ex-impératrice Sylvia donnait compétence à la justice royale française pour mener une enquête qui pourrait aboutir à un mandat d’arrêt international contre les auteurs de ces faits et que ces derniers encouraient la réclusion criminelle. Ce qui poussa les autorités judiciaires du royaume du Gabon à sortir du bois et à clarifier le sort réservé à l’ex-impératrice. 

    Il n’eut guère de scènes de liesse dans les rues des principales bourgades du royaume pour célébrer les trente premiers jours du coup de force qui avait porté le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema au trône. Pour marquer le coup, notre Sautillante Majesté se rendit au royaume voisin du Congo où il fut reçut à Oyo par le roi Sassou Nguesso. Si les deux royaumes partageaient un passé colonial commun et plus de deux mille km de frontière, leurs relations étaient bien plus étroites, complexes et difficiles à décortiquer. Car elles ressemblaient bien plus à une saga des Borgia qu’à autre chose. Pour l’étape de Brazzaville, Notre Lumineuse Majesté eut donc plus de mines à désamorcer que ce fut le cas à Malabo.

    En 1990, le roi Bongo, fondateur de la dynastie, épousa en secondes noces, Mlle Edith-Lucie, la fille aînée du roi Sassou Nguesso, à la tête du royaume du Congo depuis plusieurs années. Ce mariage scella l’alliance entre les deux rois. Pour le roi Sassou Nguesso, ce mariage fut bien plus qu’une alliance mais plutôt une assurance-vie. Car à cette époque, il fut sur un trône vacillant. Lors du sommet de la Baule, le roi Mitterrand exigea aux pays d’Afrique de lancer un processus de démocratisation sous peine, dans le cas contraire, d’être privés de l’aide occidentale. Le roi Sassou s’y plia. Aux élections du trône, il fut battu par M. Lissouba et s’exila en France où il rongea son frein. Quand il fut rentré au Congo, il fomenta avec la complicité du roi Bongo et Chirac un complot visant à faire sauter M. Lissouba du trône. Une guerre civile éclata. Le roi Bongo, bien que médiateur du conflit, alimenta son beau-fils en armes via le duché du Haut-Ogooué. M. Sassou chassa M. Lissouba et lui ravit son trône en octobre 1997.

    Une histoire de famille royale et d’héritage

    Le 14 mars 2009, la reine Edith-Lucie mourut à Rabat au Maroc des suites d’une longue maladie. Des rumeurs auxquelles nous ne donnerons aucun crédit accablèrent le prince royal Ali Bongo de l’avoir empoisonné. Le choix du lieu de l’enterrement de la défunte reine donna lieu à d’âpres palabres entre les deux familles. Selon la tradition patriarcale bantoue, la reine Edith-Lucie aurait dû être enterrée au Gabon auprès de son époux. Le roi Sassou Nguesso opposa la tradition Mbochi qui voulut que le corps de sa fille lui fut rendu à lui et à sa famille. Fatigué de l’agonie de son épouse et abattu par sa mort malgré les meilleurs soins dont elle avait bénéficié et les nombreux marabouts à son chevet, le roi Bongo céda. La reine Edith-Lucie fut enterrée à Edou, au nord du Congo, dans le cimetière familial de Konakona. Ce qui fut considéré par les citoyens du royaume comme une humiliation. Le prince Ali n’en pensa pas moins.

    La succession de Bongo par le prince royal Ali qui ne jouissait point de l’estime et de l’affection du peuple installa par la suite une décennie de relations glaciales entre les deux royaumes. Le nœud de la discorde fut l’héritage du patriarche. Des intrications familiales qui débordèrent sur la scène politique.

    A sa mort, le roi Bongo laissa cinquante-quatre héritiers dont sa fille aînée, la princesse royale Pascaline devint l’exécutrice testamentaire. Avant la mort du roi Bongo, la princesse royale Pascaline était la femme la plus puissante du royaume.  Diplômée de l’École nationale d’administration de Paris, elle connut une ascension fulgurante. Ancienne ministre du Pétrole et des Mines puis des Affaires étrangères, elle fut la directrice du cabinet personnel de son père. Elle avait la main mise sur les finances royales, les patrons des régies financières étaient ses obligés. Elle siégeait au conseil d’administration de Total Gabon, la compagnie pétrolière et tenait la caisse de la nébuleuse Delta Synergie, la holding familial qui regroupait des participations dans une centaine de sociétés. 

    Le partage de l’héritage du patriarche mit au grand  jour la rivalité qui existait entre le roi Ali 1er et sa demi-sœur aînée. Le roi ne lui avait jamais pardonné d’avoir toujours été la préférée du patriarche et d’avoir préféré son époux, Paul Toungui, ministre des Affaires étrangères, à l’heure du choix du successeur. Le roi priva la princesse de son poste de directrice de cabinet royal au profit d’un de ses proches M. Jean-Pierre Oyiba auquel succéda plus tard M. Maixent Accrombessi. Il l’isola ensuite de ses autres frères et sœurs, l’accablant de manquer de transparence et de vouloir s’accaparer du patrimoine colossal du patriarche, constitué des dizaines de milliards de francs CFA sur des comptes en banque, en actifs dans des entreprises, en biens immobiliers, en véhicules. Son train de vie dispendieux à Los Angeles aux Etats-Unis où elle s’était exilée, renforça le soupçon. Pour agrémenter une soirée, elle s’était fait livrer des monceaux de crème d’une célèbre marque américaine pour trois mille six cent quarante-sept euros, un fournisseur de fleurs fraîches lui réclamait la bagatelle somme de dix-sept mille euros. Elle devait plus de huit millions de dollars pour des billets d’avion et des locations de jets privés. Les gazettes firent leur miel sur les frasques de la demi-sœur aînée du roi. Les créanciers adressèrent leurs factures impayées au Palais royal. Le roi refusa de payer. Et à sa demande, la princesse fut dépossédée de sa qualité de mandataire et éloignée de la gestion de la succession. Sans le sou, la princesse fut contrainte de vendre à plusieurs millions de dollars  sa somptueuse demeure qui comptait six chambres, sept salles de bains et un court de tennis, avec appartements d’hôtes en annexe.

    La dernière épouse connue du défunt roi Bongo fut la reine Edith-Lucie, fille du roi Sassou Nguesso. Ils eurent deux enfants, Yacine Queenie et Omar Denis Junior. Le roi Sassou Nguesso douta de l’authenticité du testament du défunt roi Bongo dans lequel les noms de ses deux petits-enfants ne figuraient point. Le roi Ali 1er et la princesse royale Pascaline s’attribuèrent la part du lion de l’héritage, les autres héritiers n’en reçurent qu’une maigre partie. La princesse royale coalisa autour d’elle les dépouillés du clan et les introduisit auprès du roi Sassou Nguesso qui estima que ses petits-enfants avaient été dépossédés par le roi Ali 1er. Le roi Sassou Nguesso pour se venger du roi Ali 1er finança son opposition, intrigua pour alanguir l’influence du Gabon dans les instances sous-régionales. En représailles, le roi Ali 1er fit modifier la constitution. Il émit un décret interdisant à toutes personnes qui n’avaient point vécu au Gabon sans discontinuer durant les six mois qui précédaient les élections à se présenter au trône. Cette disposition visait clairement le prince royal Omar Denis Junior qui vivait au Congo depuis plusieurs années auprès de son grand-père qui nourrissait ses ambitions royales. Au lendemain de la mort de M. Fidèle Andjoua, frère aîné du défunt roi Bongo, le prince royal Omar Denis Junior fut interdit de pénétrer sur le territoire gabonais pour assister à ses obsèques. 

    L’alliance entre le roi Sassou Nguesso et la princesse Pascaline fut de courte durée. Le roi Sassou Nguesso accusa la princesse royale Pascaline d’avoir dénoncé le prince royal Omar Denis Junior lors de son audition par la justice française en janvier 2020 dans le dossier des « biens mal acquis », le patrimoine immobilier frauduleusement acquis en France par le roi Bongo, et dont elle était soupçonnée d’avoir profité ainsi que huit de ses demi-frères et demi-sœurs sans oublier le roi Ali 1er. La princesse Pascaline et le prince Omar Denis Junior furent mis en examen entre juin et juillet 2022.

    La princesse royale Pascaline se rabibocha avec le roi Ali 1er et fit son retour au royaume. Ses relations avec l’impératrice Sylvia demeurèrent exécrables. La princesse royale se fit discrète et ne se piqua point de politique. Elle portait d’austères robes blanches ou sombres qui ajoutaient à son ostensible ferveur religieuse et lui donnaient l’allure d’une bonne sœur catholique. Et le nom de la princesse revint au-devant de la scène à la faveur du coup de force mené par le général de brigade de la garde royal, Brice Clotaire Oligui Nguema dont on disait qu’elle était restée très proche. Sur le fenestron de TV5 Monde, M. Albert-Sans-Terre avait qualifié le coup d’état du 30 août 2023 de révolution de palais et accusé le général Brice Clotaire Oligui Nguema d’être un sous-fifre, un homme de paille à la solde de la princesse royale Pascaline, gardienne du clan Bongo. Les proches de la princesse démentirent.

    Janis Otsiémi, scribe du royaume.

    Chroniqueur chez Inside News241 

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