Gabon : le FMI berné par l’Exécutif au même titre que les populations ?

LE COFFRET

De juin 2017 date de la conclusion du premier accord au titre du Mécanisme Élargi De Crédit (MEDC) de l’ère Ali Bongo, à Juin 2021, date de la conclusion du second accord, rien n’a réellement changé pour l’économie gabonaise. Plus rentière que jamais comme en attestent les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles reposent la Loi de Finance rectificative (LFR) 2022, celle-ci est de plus en plus victime des nombreuses dérives des gouvernements qui se succèdent au fil des ans. Dérives qui se traduisent malheureusement par des dérapages budgétaires et autres distractions de ces fonds censés garantir croissance inclusive et « prospérité partagée ».

Le 19 juin 2017, le conseil d’administration du Fonds Monétaire International (FMI) tendait une perche inespérée aux autorités gabonaises en approuvant un accord triennal au titre du mécanisme élargi de crédit (MEDC). D’un montant global de 642 millions de dollars soit un peu plus de 400 milliards de fcfa, cet accord devait aider le Gabon à assurer la stabilité macroéconomique, jeter les bases d’une croissance durable et équitable, contribuer à ancrer des politiques budgétaires prudentes et permettre l’assainissement budgétaire. Hélas, cinq ans plus tard, la situation s’est fortement dégradée, au grand damn des administrateurs du Fonds. 

En effet, en dressant le bilan de cet accord qui devait favoriser une croissance inclusive, les administrateurs du Fonds ont révélé des anomalies chiffrées en centaine de milliards de fcfa. Pour preuve, de la conclusion de l’accord à ce jour, le niveau d’endettement est passé de 4 069,6 milliards de fcfa en fin 2016, à plus de 7000 milliards de fcfa aujourd’hui soit une hausse de plus de 75%. Une somme tellement délirante, que dans sa note de conjoncture à fin décembre 2021, la direction générale de l’économie et de la politique fiscale (Dgepf) ne l’a pas mentionnée. 

Causés essentiellement par une grande faiblesse des dépenses d’investissement, un déficit budgétaire primaire hors pétrole plus important qu’anticipé en raison du faible niveau des recettes et du niveau élevé des dépenses courantes, un apurement des arriérés intérieurs nettement inférieur à ce qui avait été prévu dans l’échéancier initial envisagé au moment de la conclusion de l’accord en 2017, ou encore une mauvaise gestion financière d’un nombre extrêmement élevé d’organismes publics (CNSS, CNAMGS, SOGARA, GOC etc.), cette situation qui va de mal en pis, pousse aujourd’hui l’institution de Bretton Woods à se poser des questions. 

Dans un contexte où, contrairement à ce qui était attendu, la qualité et l’efficience des projets d’investissement public mettent du temps à s’améliorer du fait du processus de gestion des investissements publics inefficients, le Fonds dirigé par Kristalina Georgieva semble aujourd’hui s’être fait berné au même titre que les populations. Lui qui aura apporté aux autorités gabonaises une véritable garantie voire un quitus lui permettant d’obtenir de multiples emprunts multilatéraux, n’aura donc à son grand regret, qu’aider les autorités à enfoncer un peu plus les populations.

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