Consécration de Benjamin Epps : l’industrie gabonaise à l’index !

LE COFFRET

Auteur de 3 EP, le jeune rappeur gabonais qui a grandi à Belle-Vue, à Libreville, mais qui évolue en France depuis 2015, a été couronné du titre de meilleur rappeur du monde (hors États-Unis), lors des BET Hip-hop Awards 2022, le 04 octobre aux États-Unis. Une consécration qui met à nouveau le doigt sur  l’inconsidération de l’art (et du sport) par les autorités gabonaises, lesquelles peinent toujours  à accompagner l’éclosion d’une industrie à même de porter ses talents vers les sommets. 

Depuis dimanche dernier, le meilleur rappeur du monde (hors États-Unis) est un Gabonais de 26 ans appelé Benjamin Epps, Kesstate Borobo Epembia de son vrai nom. Résident en France depuis 2015, le prodige y  a « explosé » depuis un peu plus de deux ans, avec un rap aux influences New-yorkaises, mêlant aussi bien des codes anciens (old school) que de la nouvelle génération.  

Une influence qui lui vaut aujourd’hui ce BET Hip-hop Awards, dans la catégorie Best international flow. Une première pour un rappeur francophone, depuis 17 éditions de cette cérémonie qui récompense les meilleurs artistes de là scène Hip-hop du monde. 

La nomination de Benjamin Epps, puis sa consécration, ont depuis mis la toile gabonaise en émoi. Mais au-delà de la fierté unanimement partagée,  d’aucuns regrettent que le sacre d’Eppsito, comme se fait également appeler ce dernier d’une fratrie de rappeurs au Gabon, soit au bénéfice de l’industrie française. Car c’est estampillé « Rappeur de France » qu’il a été couronné dimanche dernier. Aux yeux de beaucoup de compatriotes, il est un autre exemple de talent que le Gabon n’a pas pu/su amener vers les sommets. Pour eux, « le pouvoir ignare ignore la valeur de l’art et du sport. Or nos stars valent de l′or« , pour reprendre cette phrase devenue culte d’un autre rappeur talentueux, Lord Ekomy Ndong dans l’un de ses titres « Nous ».

Toute chose qui a justifié la joie mesurée d’Étienne Francky Meba Ondo, dit Meboon Môôn Beba Ondo, un observateur assidu de l’actualité nationale. Au travers une tribune intitulée :  « Soyons fiers de Eppsito, mais aucun Gabonais n’a été nommé aux BET Awards en 2022« , il a refusé, par « dignité« ,  de s’associer à cette « euphorie » généralisée.

« (…)Autant je suis fier du parcours personnel de Benjamin Epps, autant je me refuse de profiter de sa reconnaissance internationale en l’attribuant si facilement au Gabon.

Dans la catégorie « Best international flow » aux BET AWARDS 2022, qui a reçu la nomination de Benjamin Epps, on dénombrait des artistes africains. Je dis bien africains, et non « originaires d’Afrique ». Il y a par exemple Black Shérif, un Ghanéen, qui y a représenté le Ghana. 

Si nous voulions être rigoureux, on aurait dû souligner que Benjamin Epps a été nominé sous le couvert de la France. Le Gabon n’était donc pas représenté aux BET AWARDS 2022.

Soyons fiers d’avoir un Eppsito, rappeur français d’origine gabonaise. Mais, n’attribuons pas au Gabon des exploits qui ne sont pas les siens. Quand Epssito était au Gabon, pas grand monde ne le calculait. Parce que l’environnement néglige l’art, le sport et les industries culturelles (…) Personnellement, j’attends l’artiste Gabonais qui sera nominé aux BET AWARDS avec l’étiquette « GABON« . a-t-il dit. 

Et de poursuivre : « Que les politiques publiques et les bonnes volontés professionnalisent l’industrie musicale gabonaise… Au lieu d’attendre que la France ou des familles, à titre personnel, se sacrifient pour leurs enfants avant que le Gabon ne vienne juste en récolter les honneurs. C’est trop facile« .

Nuançant ses propos, le grand-frère du consacré, Camille Epembia, connu sous son nom artistique CAM, a émis des précisions sur cette récompense qui, pour sa part, ne saurait être française au sens que certains veulent lui donner. 

« Les BET Hip-hop Awards, ce n’est pas les jeux olympiques. On ne représente pas nos pays, mais des industries bien précises. Tous les pays nominés ont des industries bien actives, avec des œuvres d’artistes qui voyagent et touchent le monde, et des artistes qui vivent pleinement de leurs musiques. Et surtout, la musique participe activement à l’activité économique du pays,  notamment au Ghana et ou en Côte d’ivoire, pour ne parler que de celles-là en Afrique. Le petit (Benjamin Epps) évolue dans l’industrie française. Il ne représente pas la France mais a été choisi dans l’industrie musicale française, voilà pourquoi ils disent France. L’industrie musicale gabonaise n’existant pas, il faut encore la construire (…) ». 

Une explication qui vaut son pesant d’or. Mais quoi qu’il en soit, et peu importe les positions des uns et des autres, tous se rejoignent sur la nécessité de moderniser l’industrie musicale gabonaise, afin qu’elle soit à même de polir ses diamants bruts. La même urgence vaut pour le sport, la science, et plusieurs autres domaines, peut-on dire. En attendant, chapeau bas Eppsito !

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