Le Billet sarcastique : en prospérant individuellement, nous faillirons collectivement 

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Dans le billet du jour, notre chroniqueur appelle les dirigeants gabonais à « rompre avec l’individualisme grégaire pour le collectivisme prospère ». Lecture en dix points.

1. Il n’est plus nécessaire de refaire l’inventaire de tout ce qui ne va pas dans notre pays aujourd’hui. Chaque Gabonais, qu’il soit du PDG, de la majorité qui l’accompagne dans la gestion du pays, de l’opposition, de la société civile ou même qu’il soit apolitique, sait et est d’accord pour dire que rien ne va plus depuis longtemps et que nous avons brillamment échoué et cela, dans tous les domaines d’activités possibles et imaginables. Il n’y a pas un seul motif de satisfaction.

2. Notre pays qui était autrefois le mieux engagé sur le chemin du développement et le plus prometteur au regard de son potentiel, a échoué à faire prospérer cette ambition de développement. Mais, qu’on se le dise bien, il a échoué à cause de nous tous, sans aucune exception. Ce n’est pas seulement la faute du PDG, c’est aussi la faute des autres partis amis, des partis de l’opposition, de la société civile et de tous ceux qui ne font pas de politique.

3. Nous sommes tous responsables de l’échec global et sidéral de notre pays. Échec dans le domaine de l’éducation ; échec dans le domaine de la santé ; échec dans le domaine du logement ; Échec dans le domaine des routes ; échec dans le domaine des transports ; échec dans le domaine de tous les autres services sociaux de base… les échecs sectoriels sont innombrables et l’échec global est colossal. C’est cet échec qui constitue aujourd’hui le long chapelet des lamentations de notre peuple.

4. Oui, nous avons échoué. Cela est clair, visible et tangible. Chacun de nous le sait, qu’il soit membre du gouvernement, membre du Parlement, membre de l’administration, entrepreneur ou homme d’affaires, étudiant ou élève ou simplement inscrit au chômage. Se trouve-t-il une seule personne dans ces milieux pour douter de notre échec global ? À moins de souffrir d’une mauvaise foi pathologique, je pense qu’il n’y a pas un seul gabonais normalement constitué pour penser le contraire.

5. Mais alors, si l’échec est si palpable, si vérifiable et si indubitable pour chacun d’entre nous, pourquoi s’obstiner à aller dans le même sens, dans la même direction ? Comme si nous étions engagés de force dans ce tunnel de l’absurde qui nous mène inéluctablement vers cet échec programmé ? La première victoire sur ce constat d’échec global consisterait pourtant à en être conscient collectivement. Pourquoi continuer de nier collectivement ce qui est déjà individuellement acté ?

6. Hélas, nous ne sortirons pas du cycle infernal de l’Échec systématique devenu systémique, si nous refusons collectivement d’en connaître les causes. Nous devons plus que jamais nous arrêter pour nous interroger sur les raisons de cet Échec systématique. Sinon, nous serions collectivement les traîtres de notre nation. Parce qu’ensemble, sans aucune exception, nous avons mis en place un système de fonctionnement et un modèle de gouvernement qui ont engendré l’Échec systémique.

7. Nous avons distillé, enraciné et institué la corruption qui est la gangrène de notre société. Elle est perceptible partout et pratiquée avec assiduité par chaque gabonais sans distinction. Le chômeur braque ; le taximan vole l’usager ; la caissière détrousse le client ; le policier rackette l’automobiliste ; l’étudiant triche à l’examen ; l’enseignant harcèle ses élèves ; le docteur vole le patient ; le parlementaire renonce à ses missions; le directeur touche les pots de vin ; le ministre détourne les budgets et le Président ferme les yeux sur tout.

8. De la base au sommet de la pyramide, c’est la corruption morale qui commande chaque acte posé et règne dans les esprits selon la formule consacrée du « mouton broute où il est attaché« . Cette corruption morale devenue la norme de tout un peuple, est la principale cause de l’échec  systématique et systémique. Pourquoi dès lors se tuer à la tâche quand autour de soi prospère l’idée d’une corruption cautionnée, acceptée, intégrée et normalisée ?

9. Quand la corruption a ainsi gagné profondément le corps social, les motivations du citoyen dans l’exercice de sa citoyenneté sont alors réduites à un individualisme grégaire qui fait qu’il renonce à l’idée du bien commun et du bonheur collectif pour celle réductrice du bonheur individuel. Il ne pense qu’aux droits en ignorant les devoirs. C’est alors chacun pour soi et Dieu pour tous. Et dans cette quête de satisfaction personnelle, c’est l’État, le pays et la nation qui disparaissent. 

10. Et nous y sommes ! Quel est l’état de notre État, de notre nation et de notre pays aujourd’hui ? Nous n’en avons que des regrets au regard de la redondance, de la persistance et de l’accélération de cette corruption endémique qui produit l’Échec systématique et systémique. Il est temps de rompre avec l’individualisme grégaire pour le collectivisme prospère. Un tel sursaut ne peut venir que de la volonté de ceux qui détiennent le pouvoir politique. En prospérant individuellement, nous échèquerons collectivement. Il n’y a pas d’alternative. 

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow

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