Le Billet sarcastique : plus haut et plus loin que « La Nuit du Talent »

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour célèbre  « La Nuit du Talent » et lui souhaite de survivre à la présidentielle de 2023. Lecture en dix points.

1. J’ai suivi avec curiosité cette énième soirée de gala destinée à célébrer la culture. Au départ sceptique, j’ai fini par apprécier ce concept qui repose sur un principe simple : la reconnaissance et la magnificence du talent dans toute sa diversité. 

2. Ce principe est en phase avec ma conviction profonde. Il faut toujours reconnaître le meilleur en toute chose. Et c’est encore mieux quand cette reconnaissance est le fruit d’une expression démocratique. Ça nous change de ce qu’on voit  souvent dans ce pays où la c’est plutôt la médiocrité qui est ovationnée.

3. De ce que j’ai pu observer, dans toutes les catégories de toutes disciplines à l’honneur, l’objectivité à été respectée et la démocratie a triomphé dans le choix des primés parmi les nominés. Je dis bravo aux organisateurs ! Mais au delà de cette cérémonie, c’est le fait que le secteur culturel de notre pays acquiert enfin ses lettres de noblesse qui me réjouit.

4. En effet, que ce secteur soit reconnu par les pouvoirs publics pour ce qu’il apporte à la société, en termes de divertissement, d’évasion et d’équilibre moral et psychologique, est une belle avancée. Cependant, il est légitime d’espérer que cet évènement ne se limite pas à une simple opération de marketing politique qui disparaîtra après 2023.

5. Quel dommage ce serait alors ! Parce que la culture se renouvelant au quotidien jusqu’à l’infini, ne récompenser que certains à un moment précis en oubliant tous les autres, relèverait de la goutte d’eau dans l’océan. Il faut que la nuit du talent perdure et dure dans le temps. Afin que de nouveaux talents voient le jour et en bénéficient.

6. Mais la nuit du talent ne doit pas être une fin en soi. Un évènement ponctuel quoique perpétuel, ne peut structurer et organiser durablement des vies. Les artistes gabonais ont besoin de vivre de leur art. Et cela dépendra de la mise en place d’un écosystème favorable. Et la question des droits d’auteurs et des droits voisins en est primordiale.

7. C’est elle qui résolvera de manière pérenne la question de la dignité des artistes. C’est elle qui professionnalisera le secteur culturel pour susciter les industries culturelles dont vivront les artistes. Les prix manifestés par des trophées et des chèques ne seraient alors que la cerise sur le gâteau.

8. Commençons déja par admettre qu’aucun pays ne peut valoriser et vendre sa culture efficacement en la célébrant dans des hôtels comme le Radison Blu, sous des tentes comme le Jardin botanique ou dans les centres culturels d’autres pays comme l’Institut français. Nous devons avoir nos propres repères culturels.

9. Les salles de cinéma et de spectacles dignes de ce nom doivent être édifiées dans toutes les provinces pour susciter et capter notre créativité partout où elle s’exprime. Les maisons de production publiques doivent voir le jour. Des conservatoires et des écoles artistiques et culturelles doivent revivre. 

10. Quel est aujourd’hui dans notre pays l’instrument public qui sert de creuset à nos expressions artistiques et culturelles foisonnantes? Comment nos artistes majeurs contribuent-ils à faire émerger de nouveaux talents? Quel est l’apport de notre industrie culture dans le PIB ? Travailler à ces vraies questions, c’est aller plus haut et plus loin que la nuit du talent.

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur 

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