Le Billet sarcastique : un gouvernement plus politique qu’économique 

LE COFFRET

Dans un billet quasi-quotidien, Serge Abslow analyse avec beaucoup de sarcasme les faits de société et les évènements qui chamboulent la vie du Gabonais dans son pays. Le billet du jour présente les limites du nouveau gouvernement conduit par Alain-Claude Billy-Bi-Nze. Lecture en dix points.

1. Après la dernière livraison du billet sarcastique relative à ma biographie politique du PM ACBBN dont j’admire le parcours sans partager les opinions, je reviens à l’essentiel qui est le Gabon éternel dont rien ne me détournera jamais. L’avènement d’un nouveau gouvernement n’est jamais un événement anodin. C’est la résultante d’une conjoncture politique et la manifestation d’une volonté de l’affronter.

2. Le gouvernement Billy-Bi-Nze 1 aurait dû être annonciateur d’une ère nouvelle. On n’attendait évidemment pas une révolution, conscient que ce gouvernement est issu d’un système qui a déjà fait la preuve de son conservatisme primaire. Tout de même, au regard des urgences économiques et sociales dont fait face notre pays, les espoirs d’un nouveau signal étaient légitimes.

3. Mais la forme et le fond 5 sont venus doucher cette attente légitime. D’abord la rapidité avec laquelle le néo PM est venu livrer son gouvernement, ne laisse pas de doute qu’il n’a pas contribué à le former. S’il a pu proposer 2 ou 3 ministrons inscrits au tout dernier moment, il est clair que la composition de son gouvernement lui a échappé. Partant, on peut déjà douter de son autorité sur un tel attelage. 

4. Ensuite le profil des membres de ce gouvernement laisse clairement entendre qu’il sera plus politique qu’économique. Concrètement, le retour de certains caciques indique qu’on a besoin de leur leadership politique dans leurs contrées respectives. En d’autres termes, ce gouvernement est celui qui préfigure le directoire de campagne d’ABO en 2023. Il a été mis en place pour défricher le terrain.

5. Cela étant, il nous enseigne au moins 3 choses. Primo, que le PDG (Parti démocratique gabonais) à lui tout seul, avec les faiblesses que renferme son nouveau bureau exécutif, n’a pas été jugé digne de porter le combat politique. Il devra être suppléé par le gouvernement. Deuxio, que les faucons qui tirent les ficelles du pouvoir aujourd’hui, sont conscients de leurs limites et ont besoin de l’expertise des anciens qu’ils avaient mis au rebut.

6. Tertio, que les urgences économiques et sociales qui ont atteint un niveau culminant avec l’arrêt du trafic ferroviaire ayant enclavé et affamé le sud-est du pays, seront reléguées au deuxième rang de ses priorités. Quelles seront alors ses priorités de ce gouvernement étonnement pléthorique dans un contexte de crise économique ? La politique rien que la politique.

7. Parce que de toute évidence, il y a anguille sous roche. Trop de signaux démontrent que le Gabon devrait être le théâtre d’une intense activité politique pour éviter que l’élection présidentielle ne dégénère en une crise politique plus intense que celle de 2016. Ni les partenaires au développement, ni les investisseurs, ni les Gabonais eux-mêmes, majorité ou opposition, ne sont disposés à remettre le couvert.

8. Et la maladie d’ABO (Ali Bongo Ondimba) est l’inconnue qui oblige à la prudence. Nul n’est dupe, l’arrivée de Macron à Libreville en mars prochain pour le One Planet Summit, après avoir snobé le Gabon tout ce temps, n’est qu’un prétexte pour venir jauger les esprits et imposer un cadre de concertation. D’ailleurs, l’opposition par anticipation l’a bien compris et s’est mise en ordre de bataille.

9. Elle appelle sans détours à une concertation pour traiter des préalables à des élections transparentes et apaisées. Après avoir fustigé cet appel, la majorité présidentielle a fini par s’y résoudre à la faveur du discours de vœux à la nation d’ABO. Mais pour tenir la route dans un débat relevé, il faut en avoir les compétences et le courage. L’opposition et son alliance, « Plateforme alternance 2023 », dispose assurément d’hommes de valeur.

10. Le gouvernement de Rose Christiane Ossouka Raponda ne semblait pas pouvoir faire le poids. Le nouveau gouvernement de Bilie-By-Nze a donc vocation à être la réponse du berger à la bergère. La nomination de ce dernier comme PM, redoutable débatteur, et le retour de RNO (René Ndemezo’o Obiang), BL (Blaise Louembe), fins stratèges politiques, et les petits réglages y associés, devraient permettre à la majorité de donner le change à l’opposition dans ce dialogue national qui s’annonce tout sauf simple.

Sarcastiquement vôtre !

Serge Abslow, chroniqueur

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