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    Chronique du sacre du roi Brice 1er, Grand Sauveur de la Nation devant l’Eternel

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    Janis Otsiemi, romancier plusieurs fois primé à l’international, revient, avec sa plume acerbe, sur l’investiture du général Brice Clotaire Oligui comme président de la transition au Gabon. L’auteur de plusieurs lettres ouvertes, publiées exclusivement sur Inside News241 dès octobre 2022, exhortant Ali Bongo Ondimba de ne pas se présenter pour un troisième mandat, décrit cette journée du 4 septembre avec sarcasme. Lecture. 

    Ce fut un lundi 4 septembre de l’an 2023 après Jésus-Christ que le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema, président du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) fut intronisé Grand Sauveur de la Nation devant l’Eternel sous le nom de Brice 1er. Cette cérémonie de sacre se déroula sous les dorures et les lambris du Palais royal du bord de mer, jadis demeure et bureau du roi déchu Ali 1er, qui jouissait désormais de ses droits de jeune retraité, comme tout Gabonais normal, selon les dires de Sa Majesté Brice 1er

    Devant un parterre de hauts gradés, de militaires de rang, des diplomates accrédités dans le royaume, des opposants au régime déchu, des membres de la société civile et de la diaspora, des anciens membres du gouvernement et anciens responsables des institutions dissoutes, Notre Majesté Brice 1er se faisait attendre. Les rumeurs allaient bon train. On murmurait à voix basse que notre Grand Sauveur de la Nation devant l’éternel mettait une touche finale à son discours d’investiture. Les institutions étant donc dissoutes depuis le coup d’Etat, le comité de la Transition et de la Restauration des institutions avaient bricolé à la hâte une Charte dont personne ne connaissait les scribes, encore moins le contenu. Ce fut au doigt levé que des juges, magistrats et greffiers avaient été choisis pour certifier le sacre du roi Brice 1er.

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    La cérémonie du sacre étant retransmise en direct sur le fenestron national, Gabon Télévision, nous pauvres assujettis, ne manquèrent pas de remarquer la présence étonnante au premier rang des anciens membres du gouvernement et des présidents des institutions dissoutes, parmi lesquels :

    La vice-roi, Mme Ossouka Raponda, ancienne vice-présidente

    Le Duc de Makokou, M. Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre

    La baronne, Mme Milebou-Aubusson, ancienne présidente de la Chambre muette des sénateurs

    Le baron M. Boukoubi, ancien président de la Chambre muette des députés

    Le courtisan Obiang, ancien ministre de la Santé

    Le griot du roi, Massassi, ancien ministre de la Culture et des Arts.

    Nous pauvres assujettis, ne manquèrent non plus de remarquer leurs visages froissés comme du papier des gazettes, à croire qu’on les avait tiré du lit pour être là. D’autres tiraient de faux larges sourires, d’autres avaient le regard perdu dans le vide pour se donner bonne figure. Beaucoup d’entre eux avaient été hués et traités de « voleurs » d’ « assassins » à leur arrivée par la foule amassée sur l’esplanade du Palais royal où il était prévu des réjouissances populaires pour saluer le sacre du roi Brice 1er.

    Après plusieurs minutes d’attente, le Général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguema fit son entrée théâtrale. Il avait troqué son éternel béret et treillis vert pour une tenue rouge d’apparat de l’unité de l’élite de la Garde royale dont il fut le commandant en chef, le poitrail chamarré de médailles qui devaient valoir leur pesant de broc.

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    A la lecture de la biographie de Sa Majesté par le greffier en chef, nous surent que rien ne prédisposait notre Grand Sauveur de la Nation devant l’Eternel à de pareils honneurs. Nous apprirent que notre Nouveau Souverain était né le 3 mars 1975. Après de brillantes études primaires, il avait été admis au lycée d’Etat de Port-Gentil, le Duché rebelle du royaume. Après l’obtention de son baccalauréat série D, notre Majesté avait intégré l’académie militaire de Meknès au Royaume du Maroc en 1977 pour suivre une formation militaire et universitaire.  Il en sortit bardé d’une licence en sciences judiciaires et d’un diplôme militaire de chef de section d’infanterie. Sa bravoure, son courage, sa rigueur au travail ne passèrent pas inaperçus aux yeux du défunt roi Omar Bongo, qui l’appela à ses côtés pour assurer sa sécurité comme aide de camp. L’aventure dura 8 ans. La précision est de taille.

    En 2009, à l’arrivée du Prince royal Ali Bongo au trône, Notre Majesté fut éloigné de la Cour pour des raisons obscures et nommé Chef de corps adjoint du Groupe d’intervention parachutiste, le GIP. En 2014, notre Majesté se fit exiler au Sénégal puis au Maroc comme Attaché militaire. Selon les médisances, une traversée du désert qui nourrira une certaine frustration et rancœur. Pour l’heure, Notre Majesté rongea son frein. Grand lecteur de Machiavel, il médita cette phrase de son maître à penser : On ne fait tomber un régime que de l’intérieur.

    En 2019, Notre Grand Sauveur de la Nation devant l’Eternel fut rappelé au royaume. Comme lot de consolation, il prit la tête de la Direction des Renseignements Généraux et devint maître-espion. Les mauvaises langues disent que ce fut à ce moment qu’il commença en secret à collecter et compiler les dossiers compromettant sur les princes royaux, les vicomtes, les barons, les marquis, même les écuyers du régime déchu.  Vrai ou faux, on ne prête qu’aux riches. Quelques mois plus tard, Notre Majesté fut promu Commandant en chef de la Garde Royale avec grade de Général de brigade. Puis le 30 septembre 2023, il s’autoproclama président du CTRI. Notre Majesté est marié et père de plusieurs enfants.

    Notre Majesté rappellera plus tard au greffier en chef, pour compléter sa propre biographie, qu’il avait aussi fait une partie de ses études universitaires à l’USTM. Mais il se garda de rappeler au greffier en chef, peut-être par pudeur ou omission, qu’il n’était pas marié qu’à une seule, mais à deux femmes… Les médisances y rajouteront une flambée de maîtresses et courtisanes. Par le biais des vidéos, des photos publiées sur les réseaux sociaux,  la vie cachée de Notre Majesté va polluer sa nouvelle vie publique.

    Nous ne connaissions pas notre nouvelle Impératrice. Ce fut donc à l’occasion du sacre de Notre Grand Sauveur de la Nation que nous, pauvres assujettis, découvrirent son visage aux traits arrondis et teint anthracite. Son calme olympien, ses bonnes manières, sa soumission évidente, son tailleur modeste tranchaient avec l’arrogance, le mépris, l’agitation, les manières ostentatoires, le visage botoxé, le maquillage douteux de notre Impératrice déchue, Sylvia Bongo Ondimba, qui était en résidence surveillée avec un de ses princes royaux dans un lieu tenu secret par les militaires.

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    Après avoir prêté serment comme la coutume le veut en pareilles circonstances,  Notre Majesté Brice 1er s’avança devant le pupitre pour lire son discours d’intronisation. Nous imaginèrent qu’en regardant l’assemblée, il dut se dire en son for intérieur : « Hier, j’avais des hommes en armes à mes ordres, aujourd’hui, j’ai des sujets ». Notre Majesté avait pris donc sa revanche sur ses années de porteurs de valise, de factotum, de maître-espion du régime déchu.

    D’emblée, en bon catholique pratiquant, Sa Majesté Brice 1er rappela aux souvenirs de ses invités les propos prononcés par le défunt roi Omar Bongo : « Dieu ne nous a pas donné le droit de faire ce que nous sommes en train de faire, il nous observe. Il dit : amusez-vous. Le jour où il viendra nous sanctionner, il le fera ». Notre Grand Sauveur de la Nation devant l’Eternel convoqua la mémoire de l’ancien roi du Ghana, Jerry John Rawlings en le citant : « Quand le peuple est écrasé par ses dirigeants, avec la complicité des juges, c’est à l’armée de lui rendre sa liberté ».

    Après quelques digressions, le discours de Sa Majesté prit une tournure populiste. Il annonça la formation d’un nouveau gouvernement composé des gens compétents et des personnes aux compétences avérées. Puis Sa Majesté annonça ses premières mesures parmi lesquelles le rétablissement de la bourse des élèves du secondaire, l’amnistie des prisonniers d’opinion, la révision des conditions de l’attribution de la nationalité, la révision des lois du foncier dans le royaume.

    Ensuite, Sa Majesté s’engagea publiquement à ne ménager aucun effort pour qu’à l’issue de la Transition le royaume soit doté des institutions fortes et démocratiques. Il se garda bien, madré qu’il est du haut de quarante-huit ans d’âge, de dévoiler la durée de la Transition. 

    Après son discours, le roi Brice 1er distribua des accolades à ses nouveaux courtisans, aux anciens vicomtes, chevaliers, ducs, marquis, barons du régime déchus, venus lui donner des gages.

    La cérémonie du sacre se termina par des réjouissances populaires et un défilé militaire sur l’esplanade du palais royal. Sa Majesté fit le tour de la capitale sous les applaudissements de ses sujets.

    Vive notre nouveau roi Brice 1er, Vive notre nouvelle reine !

    Janis Otsiemi, scribe du royaume.

    Chroniqueur chez Inside News241 

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