samedi, avril 13, 2024
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    Gabon : la Zone Économique de Nkok, réussite fracassante ou échec retentissant pour notre économie?

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    Créée en 2010 via un Partenariat Public Privé (PPP) entre l’Etat Gabonais et Olam-Gsez, la zone économique spéciale (ZES) de Nkok présentée par l’exécutif comme sa plus belle réussite, que ce soit en termes d’emplois ou de création de valeurs, en est-elle vraiment une? La toute puissance conférée par l’Etat gabonais à Olam-Gsez-Arise du très discret Gagan Gupta, était-elle vraiment une bonne idée notamment au regard des centaines de milliards de fcfa d’exonérations qui avaient été consentis notamment pour faciliter l’attrait des investisseurs? Ces questions taraudent aujourd’hui l’esprit des observateurs de la sphère économique gabonaise, à raison. Explications. 

    Présentée par les partisans de l’exécutif comme une réussite sans égale dans l’histoire économique de notre très cher pays, la zone économique spéciale (ZES) de Nkok, située à 27 km du centre de Libreville, ne fait pourtant pas l’unanimité. Plus de dix ans après sa création issue d’un partenariat public-privé (PPP) entre l’État gabonais, Arise Integrated Industrial Platform (Arise IIP) et Africa Finance Corporation, cette zone bâtie sur plus de 1 100 ha laisse pourtant perplexe une bonne partie des observateurs avisés de la sphère économique. Il faut dire qu’entre emplois précaires dénoncés par certains organismes, exonérations fiscales trop importantes et estimées à 436 milliards de fcfa en 2017, soit plus de 60 milliards de fcfa par an, difficile de n’y voir que des avantages à cette zone et c’est peu de le dire. 

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    En effet, pour un État comme le Gabon qui entendait diversifier son économie en misant sur un tissu de PME-PMI locales et compétitives, mais qui reste à ce jour dans une situation de surendettement (plus de 7000 milliards de fcfa) renforcée par « une absence de consolidation et/ou d’extension de l’assiette fiscale », comme l’a récemment soulignée la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface), cette zone a offert bien plus d’inconvénients que d’avantages. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le FMI a invité les autorités à revoir leur stratégie en limitant fortement les exonérations accordées à cette zone économique spéciale, dont la quasi-totalité des entreprises installées sont de capitaux étrangers. 

    Ayant dans le même temps permis à Olam d’étendre d’une certaine manière ses pouvoirs sur l’économie gabonaise puisqu’on peut aisément imaginer que les 265 millions de dollars (près de 160 milliards de fcfa) en produits exportés annuellement et les 820 000 m3 de bois transformés en 2020, le tout en dehors du cordon fiscal (plus de 60 milliards d’exonérations par an), lui ont permis de dégager des marges colossales réinvesties aussi bien dans les ports (NOIP), les aéroports (Gsez Airports), les routes (Transgabonaise) et le secteur bois (plus de 300.000 ha de couverts forestiers obtenus grâce à un mécanisme opaque), cette zone qui se vante d’avoir créé 16 000 emplois directs et indirects, a donc bien plus contribuer à affaiblir notre tissu économique que l’inverse. 

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    Si elle a permis de renforcer la contribution du secteur bois dans notre économie avec une production de grumes passée de 2,5 millions m3 en 2010, à 4,1 millions m3 en 2022, le tout pour un chiffre d’affaires passé de 184 à 704 milliards de fcfa entre 2014 et 2022, la ZES de Nkok, fierté d’Ali Bongo Ondimba, n’a dans le même temps pas permis une libéralisation des coûts du bois au niveau national puisque ceux-ci ne cessent de flamber au grand dam des consommateurs. Au final, réduisant l’assiette fiscale d’une part et affaiblissant le pouvoir d’achat de l’autre, la ZES de Nkok ressemble bien plus à un racket structuré pour le Gabon, qu’à une opportunité économique. 

    On peut d’ailleurs se demander si en l’absence d’exonérations fiscales aussi généreuses, elle aurait attiré cette centaine d’investisseurs eu égard au climat des affaires déplorable du Gabon, au niveau de corruption endémique, mais également aux nombreuses lenteurs et latences administratives qui entravent le développement du pays. 

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